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Maturité(s) et Immaturité(s) adultes :
du singulier générique au pluriel spécifique *

Jean-Pierre BOUTINET
Université de Sherbrooke, Sherbrooke (Québec)


auteur

résumé/abstract

À l’occasion de la parution concomitante de son travail sur l’immaturité de la vie adulte avec celui de C. Vandenplas-Holper sur maturité et sagesse à l’âge adulte, voici trois ans en 1998 chez le même éditeur, l’auteur saisit l’opportunité de s’interroger sur les concepts de maturité et d’immaturité ainsi que sur leur pertinence appliqués à la vie adulte. Préférant recourir au concept de vie adulte plutôt qu’à celui d’âge adulte, il indique comment dans notre contexte culturel postmoderne, cette vie adulte se montre fluctuante, tâtonnante voire chaotique. Il pointe d’ailleurs le fait que les adultes eux-mêmes ont souvent de la difficulté à se reconnaître comme adultes à travers les situations de précarité et de régression qu’ils ont l’impression de vivre. À ce sujet le cadre cognitivo-développemental privilégié par sa collègue Vandenplas-Holper lui apparaît trop restrictif pour rendre compte actuellement de la vie adulte. Finalement le débat entre maturité et immaturité adultes devrait pour l’auteur ouvrir la perspective de la constitution d’un modèle dialectique et pluriel rendant compte aujourd’hui de toute vie adulte simultanément en termes de maturités, de maturations et d’immaturités.

contenu

Introduction
Le terme « adulte » objet d’un premier clivage : un âge ou une vie ?
Ce que dit l’adulte interrogé de lui-même : un refus de s’assumer comme catégorie d’âge
Identifier des situations de précarité comme cadre problématique
La vie adulte tributaire de dynamiques générationnelles
Quel sens donner au développement de la vie adulte ?
Maturité, Maturation, Pré-maturation, Immaturité
Perspectives plurielles de la vie adulte


Introduction

Une situation insolite, voici déjà deux ans, au printemps 1998 fut créée par un éditeur parisien. Celui-ci mit en vitrine de sa librairie, deux ouvrages scientifiques côte à côte qui portaient tous les deux sur la psychologie de la vie adulte, ouvrages qu’il venait de sortir sur le marché. Or ces deux ouvrages publiés chacun dans une collection différente présentaient des titres contradictoires. L’un prônait avec le développement de l’âge, maturité et sagesse au cours de la vie adulte et pendant la vieillesse. L’autre affirmait l’immaturité actuelle de la vie adulte.1 Un tel contraste montré en vitrine et donc exposé sur la place publique avec d’un côté un âge adulte ordonné à la maturité, de l’autre une vie adulte faite d’immaturité méritait d’être instruit pour qu’il en soit débattu au sein d’une publication au lieu de prendre le passant simplement à témoin, voire en otage s’il est sensible à la contradiction. Dans les conditions turbulentes actuelles, l’être adulte peut-il finalement espérer en un salut existentiel possible avec l’avènement d’une maturité susceptible d’apparaître, même tardivement ? Est-il au contraire voué à voguer d’immaturité en immaturité ? Pour alimenter ce débat conjoint, le présent papier rédigé par l’un des deux auteurs va argumenter autour de la problématique de l’immaturité de la vie adulte, sachant qu’une démarche similaire et voisine est aussi tentée par sa collègue à partir de la problématique de la maturité de l’âge adulte. Par delà les enjeux actuels liés aux âges de la vie, comment la vie adulte en ce qui la concerne peut-elle être l’objet de conceptions exclusives ? De quel point de vue chacune, chacun des auteurs part-elle, part-il pour développer sa problématique, sur quels matériaux se base-t-il, se base-t-elle pour en arriver finalement à des positions opposées ? Telles seront les questions qui vont organiser le présent papier.

Le terme « adulte » objet d’un premier clivage : un âge ou une vie ?

Il faut d’abord reconnaître que les classes d’âge suscitent souvent des points de vue contrastés, parfois des jugements passionnels et exclusifs que l’on évoque l’enfance et son éducation, l’adolescence, ses attributs et ses rites de passage, la vieillesse et son encadrement social et thérapeutique. Apparemment la vie adulte est la seule catégorie d’âge qui a semblé se tenir jusqu’ici loin des conflits 2 d’ordre scientifique, pédagogique ou sociologique ; elle a donné l’impression de faire l’objet d’un consensus serein. Qui s’est apparemment mobilisé pour polémiquer autour de la vie adulte, creuset de toutes les évidences organisatrices de nos représentations ? Pourtant derrière cette apparente sérénité il nous faut identifier malgré tout des lignes de force qui font du terme " adulte " l’enjeu de possibles débats et contradictions, y compris dans les échanges scientifiques. D’ailleurs dans sa conclusion, Ch. Vandenplas-Holper reconnaît cette absence de consensus des chercheurs, toutefois en ne faisant pas supporter les clivages à la seule vie adulte, lorsqu’elle écrit : " Les recherches relatives au développement tout au long de la vie constituent une littérature " éclatée " par rapport à laquelle le présent ouvrage fournit quelques fils conducteurs " (p. 262). Ma collègue avait d’ailleurs pris soin quelques pages auparavant d’annoncer ce non-consensus : " La psychologie du développement humain tout au long de la vie ne dispose pas d’une théorie unifiante " (p. 254). Moi-même j’ai eu l’occasion de mettre en évidence dans mon travail les fluctuations depuis deux siècles des significations attribuées à l’expression vie adulte, continuellement traversée par des interprétations mouvantes quant aux classes d’âges qui la composent comme des genres qui l’organisent. Quoi de commun par exemple entre la femme adulte mariée issue début XIXème siècle statutairement du Code napoléonien qui la considère comme une véritable mineure et la femme adulte émancipée de ses tutelles, même mariée, insérée professionnellement des années 2000 ?

Pour instruire un peu plus avant ce monde de fluctuations sémantiques et donc existentielles autour des questions adultes, rappelons que pour le grammairien francophone, le terme adulte n’a pas de statut substantif, sauf pour qui entend se donner des facilités verbales ; ce n’est en fait qu’un qualitatif susceptible dans certaines occasions d’être substantivé. Nous n’avons donc dans notre langue aucun terme pour désigner cette catégorie composite d’âges, intermédiaire entre l’adolescence et la vieillesse. Ch. Vandenplas-Holper et moi-même recourons donc pour ce faire à des locutions nominales que nous bricolons au mieux de nos représentations, locutions qui nous sont propres à chacune, chacun d’entre nous. Mais déjà apparaît le clivage entre nos problématiques respectives concernant notre acception du terme " adulte ". Là où ma collègue parle d’âge adulte, j’évoque la vie adulte.

L’âge adulte avec son singulier générique renvoie à une catégorie homogène, identifiable, stable, n’admettant que peu de changements. Ceci est illustré dans l’ouvrage de Vandenplas-Holper par la formulation de chapitres qui privilégient cette idée de stabilité ; ainsi en est-il particulièrement du chapitre V intitulé Stabilité et changement dans le développement de la personnalité ; il y est indiqué entre autres que le degré de stabilité de la personne dans ses traits était élevé, allant sur des intervalles relativement longs, jusqu’à trente ans. Sans l’infirmer, cette perspective au vu de maints itinéraires biographiques analysés pourrait pourtant être corrigée par son inverse en fonction des bouleversements existentiels qui affectent singulièrement, sans les anéantir, les traits observés. Lorsqu’au chapitre suivant Vandenplas-Holper aborde les crises, c’est bien en les encadrant par l’adaptation et le contrôle : Crise, adaptation et contrôle au cours de la vie. Page 202 le concept de crise est d’ailleurs quelque peu malmené, voire discrédité : " La notion de " crise " est une notion très populaire " est-il écrit. Quant à la question controversée du mitan de la vie, elle est très peu abordée et ne figure pas dans l’index.

S’il fallait recourir à l’expression âge adulte, j’aurais en ce qui me concerne utilisé le pluriel des âges adultes ou mieux des âges de la vie adulte ; sans tomber dans une approche trop taxonomique à la mode Levinson, Gould ou Vaillant3, il me semble pour le moins nécessaire de distinguer trois générations d’adultes4: les jeunes adultes, récemment insérés d’un point de vue social et professionnel autour de 30-40 ans, les adultes du mitan de la vie ayant atteint les 45-55 ans et se posant des questions existentielles concernant leur premier parcours, s’interrogeant sur l’opportunité de continuer ou de bifurquer à l’aube d’un second qu’ils entendent entreprendre, enfin les adultes accomplis de 60 ans et plus, tributaires dans leurs décisions et leurs orientations de tout un capital d’expérience à devoir prendre en compte mais aussi d’un horizon temporel prospectif par la force des choses plus rapproché.

De mon côté en utilisant de préférence la formulation La vie adulte avec les connotations biologiques qui lui sont attachées, je présuppose que le cours de l’existence adulte est tributaire d’un caractère non pas d’abord linéaire mais cyclique avec ses avancées, ses reculs, ses fluctuations, ses gains, ses pertes, ses formes d’expansion et de régression. Comme il en est de toute vie, la vie adulte se donne à comprendre sur un mode dramatique, celui d’une action qui est conduite avec sa part de réussites et d’échecs. Parler de vie adulte c’est admettre une situation paradoxale à prendre en compte qui confronte dans une sorte de face à face une dimension jeunesse jamais éteinte renvoyant à une logique de l’apprentissage et de l’inédit, voire de la prématuration et une dimension vieillissement déjà présente, parfois quelque peu prématurée avec ses scléroses, ses routines, ses menaces de répétitions. Pour reprendre la problématique des psycho-biologistes, la vie adulte, davantage que les autres catégories d’âge, cherche à se frayer un chemin entre des contraires, l’apprentissage et le désapprentissage, le gain et la perte, l’inédit et la répétition, sans jamais être sûr de savoir qui triomphera. Or c’est ce chemin sinueux et chaotique qui va se laisser progressivement polariser par l’avancée en âge.

Ce que dit l’adulte interrogé de lui-même : un refus de s’assumer comme catégorie d’âge

Dans une récente série d’entretiens auto-biographiques, le sociologue E. Morin aborde la question de l’adulte en s’interrogeant sur lui-même : " Suis-je adulte ? Je n’en ai pas eu souvent l’occasion. Je l’ai été surtout à l’époque où j’avais des responsabilités dans la Résistance, quand alors je prenais la décision de disposer de la vie d’autrui… Adulte, donc, je ne le suis pas tellement. Être adulte c’est avoir des responsabilités. " (pp. 71-72). 5 Ces propos rejoignent ce que dans d’autres situations des adultes interrogés disent d’eux-mêmes qu’ils se perçoivent comme des adultes " intermittents " ou encore qu’ils ne se sentent pas du tout adultes dans la mesure où ils associent à un tel âge les qualificatifs d’ennuyeux, de conformiste, de rébarbatif, d’hypocrite… Ils expriment par ailleurs ce sentiment de doute quant à la fonction d’adulte qu’il leur est donné de remplir au sein d’une société qui a développé les exigences liées à l’exercice des responsabilités à un niveau jamais atteint jusqu’ici. D’un autre côté face à un univers adulte perçu comme le lieu d’intériorisation de normes, bon nombre d’adultes ne veulent pas se reconnaître dans le statut d’adulte que l’environnement social veut leur faire endosser.

Si la contestation du statut d’adulte venait de l’extérieur de la vie adulte, voici une génération, notamment de la jeunesse à une époque marquée par le conflit des générations, aujourd’hui la contestation du statut est principalement exercée à l’intérieur de la vie adulte. De nombreux adultes interrogés ne se reconnaissent pas dans leur situation actuelle d’adulte, manifestant ainsi une dénégation troublante et souvent fuyante vers une représentation dichotomique de leur parcours biographique qu’ils verbalisent de la façon suivante : s’installer dans une jeunesse interminable le plus longtemps possible pour ensuite à la faveur de tel ou tel événement basculer dans une vieillesse sereine. Parfois cette représentation se fait alternative lorsqu’un adulte vous confie qu’il se sent adulte par intermittence. 6 En fait ce déficit de reconnaissance de soi adulte par soi entraîne pour le moins deux conséquences, d’une part une souffrance identitaire exprimée par un adulte : sans consistance, ballotté au gré des fluctuations événementielles,7 d’autre part un refus de se constituer en modèle, source d’idéalisation et de référence pour les jeunes classes d’âge. 8

Je voudrais maintenant revenir au point de départ de ma réflexion, dans le travail que j’ai initié autour de L’immaturité de la vie adulte : j’ai tenté une démarche que l’on pourrait qualifier de psycho-culturelle : quelle est l’image que l’adulte présentement a de lui-même, au regard de l’environnement dans lequel il évolue ? Comment se perçoit-il en tant qu’être adulte ? En d’autres termes, qu’est-ce qu’être adulte aujourd’hui dans notre culture ? Ce questionnement de nature psycho-sociologique m’a permis de traquer des témoignages d’adultes sur la façon par laquelle ils se percevaient en tant qu’adultes.

Cette perception qu’a l’adulte de lui-même, de son sentiment de ne pas se reconnaître comme adulte m’a amené d’un point de vue conceptuel, sémantique et historique à m’interroger sur le statut d’adulte, son évolution dans notre société, plus particulièrement française mais aussi post-industrielle occidentale, à interroger différentes publications abordant durant ces quarante dernières années la question adulte afin de saisir des évolutions significatives de la vie adulte. J’en suis arrivé au terme de mon travail à une hypothèse forte que j’essaie progressivement de valider.

La vie adulte est un concept fluctuant au gré des cultures et des périodes historiques; il prend un sens tout à fait spécifique dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler, faute de terme plus approprié, notre culture postmoderne.

La culture postmoderne est abordée par ma collègue en quelques lignes (p. 246) lorsqu’elle évoque les auteurs postmodernes qui " soulignent la primauté de la particularité, de la singularité, de la relativité et de la valorisation des différences "…, l’absence " de critères supérieurs qui permettraient d’aboutir à une solution rationnelle en ce qui concerne les critères moraux, ni de base pour une progression dans l’éducation morale ". Sans rien retrancher de ses propos, j’ajouterai que c’était justement l’adulte-étalon d’où nous sommes issus à deux ou trois générations d’écart qui pouvait se prévaloir d’une référence à un système moral bien établi. L’absence aujourd’hui d’un tel système pertinent producteur de repères contribue à développer un sentiment d’abandon et d’isolement pourvoyeur d’immaturité chez l’adulte laissé seul face à lui-même.

Identifier des situations de précarité comme cadre problématique

Il m’a semblé intéressant de construire un cadre problématique autour de l’évolution actuelle de la vie adulte, au regard de sa situation devenue fragilisée parmi les autres âges de la vie. Ces derniers, à travers différents dispositifs d’assistance propres à nos sociétés post-industrielles bénéficient de formes d’encadrement qui aident à les sécuriser : pour une part l’institution scolaire chez les jeunes ainsi que les dispositifs d’insertion, les mesures d’accompagnement des personnes âgées dans leur vieillissement. L’adulte en revanche dans des contextes sociaux qui poussent loin les logiques d’individualisation ne peut plus compter sur les encadrements traditionnels de la famille, du travail, ou des régulateurs idéologiques. A ce sujet le nouvel environnement postindustriel de la vie adulte, celui des années 2000, gagnerait à être situé dans ses dynamiques propres. Trois paradigmes centraux me semblent susceptibles de rendre compte d’un changement de décor qui génère des formes de vulnérabilité dont l’impact dominant va surtout se retrouver chez cette catégorie d’âge moyenne représentée par la vie adulte. Ces paradigmes ici isolés pour les besoins de l’analyse sont reliés entre eux par des forces à la fois d’attraction et de répulsion qu’il serait nécessaire de mettre à jour ; ne pouvant le faire ici dans cette trop courte communication, je me contenterai d’évoquer pour les situer ces trois paradigmes porteurs d’un changement de décor insolite :

- l’action qui était l’apanage de la vie adulte dans sa façon d’assumer ses responsabilités se trouve déstabilisée à plus d’un titre et reléguée à des formes mineures : l’action instrumentale notamment tend à dominer les autres formes d’action ; une raréfaction des actions à conduire mène aussi bien les adultes à la frénésie d’activités, donc à l’activisme qu’à son inverse l’oisiveté et la débine, deux formes extrêmes et opposées mais l’une l’autre lourdes de menaces ;

- les temporalités connaissent une profonde mutation avec une déstabilisation tant des perspectives orientées vers le futur que des formes de mémoire et une excroissance des différentes modalités du moment présent ; ce présent multidimensionnel de l’urgence, de l’immédiateté, du transitoire… accapare et disperse dans l’instant toutes les énergies de la vie adulte ;

- l’univers de la communication supplante désormais celui de la production, une communication surtout maîtrisée par les jeunes classes d’âge ; cette communication à travers les codes qu’elle utilise, génère des environnements de plus en plus immatériels et abstraits en même temps qu’elle valorise tout ce qui ressort à l’immédiateté et à l’instantanéité. De plus la communication donne bien souvent en pâture publique la vie privée des adultes, spécialement les adultes censés être des référents sociaux, lorsqu’ils sont poursuivis sur le plan judiciaire par un motif monté en épingles par les circuits communicationnels : c’est l’éducateur, c’est le médecin, le prêtre, l’infirmier, le responsable politique qui sont aujourd’hui traînés devant les tribunaux et promis actuellement à une déchéance de leur être adulte. Ces poursuites judiciaires expriment d’une certaine façon une désidéalisation de la vie adulte.

D’où ces situations typiques qu’il m’a semblé intéressant d’étudier et qui prennent un sens tout à fait remarquable lorsqu’elles sont situées à l’intérieur du cadre problématique que je viens sommairement de décrire, situations face auxquelles l’adulte se sent confronté voire abusé et qui nécessitent pour être assumées de mobiliser de la part de la personne concernée toutes ses ressources existentielles :

- une avancée en âge questionnante dans un contexte d’allongement de la durée de vie pour une société qui a le tabou du vieillissement, contribuant à jeter un doute sur le terme de l’existence lorsque ce terme est entrevu sous l’angle de l’une ou l’autre dépendance inéluctable et à venir ;

- le sentiment de ne pas être reconnu pour ce que l’on est à travers ce que l’on fait, notamment par les organisations fréquentées, ce qui génère une impression d’inutilité ;

- l’exposition à des situations-limites conduisant à des ruptures existentielles et donc à un sentiment de grande fragilité face à des défis à assumer, des deuils à faire ;

- le fait d’évoluer dans des cadres cognitifs changeants nous confrontant à une obsolescence des savoirs acquis et donc à l’obligation pour maintenir des adaptations minimales de se mettre dans une attitude de recyclage continuel et épuisant des connaissances ;

- la nécessité de devoir toujours se décider et de devoir décider de tout dans un environnement individualisé offrant continuellement des aménagements complexes porteurs d’une pluralité de possibles, donc maintes incertitudes à devoir réduire.

Certes, au regard de cette approche empirique, le point de vue de ma collègue est différent et ne peut conduire qu’à des résultats différents ; s’intéressant principalement mais non exclusivement à la dimension cognitivo-développementale de la personnalité, il lui a semblé intéressant de recenser pour les classer et les critiquer la variété des productions qui ressortent à cette dimension. Loin de moi, en rassemblant les différents matériaux évoqués, de dresser un tableau partial aux contours par trop pessimistes de la vie adulte ; j’ai plutôt eu le sentiment de proposer un cadre roboratif en identifiant les défis qu’aujourd’hui, semble-t-il plus qu’hier, l’adulte devait affronter et qui le laissaient sans repos s’il voulait éviter l’une ou l’autre forme de relégation. Il m’a paru important de prendre en compte pour l’interpréter, ce sentiment insolite développé actuellement par les adultes dans les propos qu’ils tiennent sur eux-mêmes, de se percevoir peu, voire même pas complètement adulte, ce sentiment aussi de souhaiter ne pas être assimilé à un adulte, ce refus d’être une référence incontournable pour les autres classes d’âge.

La vie adulte tributaire de dynamiques générationnelles

Sans doute que les écarts de perspectives entre Ch. Vandenplas-Holper et moi-même viennent pour une large part des points de vue différents portés sur la question du développement psychologique de l’adulte. Si les travaux que relatent Ch. Vandenplas-Holper se situent délibérément dans une optique cognitivo-développementale de l’adulte, sensible à une logique adaptative qu’elle-même d’ailleurs évoque à plusieurs reprises, à partir de l’approche de Jean Piaget, un tel point de vue pose au regard de ma propre problématique un triple questionnement :

Jean Piaget s’est surtout intéressé au développement de l’enfant et de l’adolescent ; il ne s’est risqué qu’à une courte étude théorique pour étudier le passage de l’adolescence à la vie adulte. 9

Piaget a fait ses travaux dans un certain contexte historique à une époque, spécialement à l’issue de la Seconde guerre mondiale, qui a magnifié les perspectives développementales, individuelles, culturelles, économiques… Ce faisant il a donné à ses recherches une coloration positive et résolument optimiste.

Si l’adulte acquiert d’effectives capacités développementales dans le domaine cognitif, le cursus scolaire et la pratique de la formation permanente l’y aidant, de même que l’explosion de l’univers des nouvelles technologies de l’information et de la communication, cet adulte ne saurait se réduire à ce seul pôle cognitif. Le pôle pragmatique par exemple, d’ailleurs bien étudié par Piaget, a été confronté ces dernières décennies, au regard des changements environnementaux que nous avons analysés plus haut, à des mutations essentielles quant à la place et au rôle de l’action dans la vie psychologique : comment redéfinir une psychologie de la vie adulte lorsque cette dernière est confrontée à une privation d’action en lien avec des contraintes conjoncturelles qui se prolongent en provenance de nos environnements ?

L’adulte dans ses choix, son désir de reconnaissance, son sentiment de solitude ou de détresse, dans l’exercice de ses responsabilités met en branle un jeu complexe de paramètres existentiels parmi lesquels le cognitivo-développemental ne tient qu’un rôle limité et interdépendant.

De ce point de vue l’appartenance générationnelle est un marqueur fort pour une psychologie de la vie adulte ; cette dernière élaborée en termes de composantes de personnalité dans les années 1960-1970 ne saurait être identifiée à une approche différentialiste, typologique et psychotechnique surtout en vogue avant les années 1960. Que dire alors de l’actuelle psychologie de la vie adulte surtout tributaire depuis les années 1980-1990 des histoires de vie. Pour en rester au paramètre générationnel, nous pouvons en mesurer toute son importance face à la grande mutation intervenue entre les années 1970 et les années 2000 qui a vu se succéder trois générations dominantes d’adultes bien contrastées, celle d’un adulte étalon, mature, celle par ailleurs d’un adulte en maturation et en perspective, celle enfin actuelle d’un adulte problématique, immature. Cette grande mutation, nous pouvons la résumer d’un double point de vue dans l’effacement de la crise intergénérationnelle et le durcissement de la crise transgénérationnelle. Or ce double point de vue tend à cumuler des éléments de fragilisation.

D’un côté le fossé des générations des années 1970 qui a malmené le lien intergénérationnel en exacerbant les oppositions entre les différentes classes d’âge, jeunes, adultes, aînés a laissé depuis maintenant deux décennies la place au modèle du brouillage des classes d’âge, installant des relations intergénérationnelles pacifiées, plus permissives mais sans figures dominantes : le tutoiement généralisé quelles que soient les appartenances d’âges, l’accompagnement, le mentorat, le tutorat sont des exemples d’une collaboration ouverte entre différentes classes d’âge. D’un autre côté, le lien transgénérationnel lui aussi mis à mal dans ces mêmes années 1970 avec une crise généralisée de l’autorité soumise à une forte contestation, ce lien n’est plus aujourd’hui l’objet de contestation mais il a tout simplement disparu ; il s’est progressivement effacé, contribuant à mettre à mal les figures parentales adultes. La déchirure paternelle, une société sans pères sont la lointaine conséquence de cette crise ancienne de l’autorité.10

Quel sens donner au développement de la vie adulte ?

Ainsi les perspectives évoquées autour de la vie adulte dans les pages qui précèdent nous éloignent d’une approche sereine et consensuelle d’un âge de la vie muni de ses invariants et bardé de ses perspectives linéaires de développement ; à plus d’un titre il nous apparaît au contraire comme problématique. Aussi lorsque le développement est abordé par Ch. Vandenplas-Holper sous son aspect multidimensionnel, je ne peux qu’indiquer mon accord avec la conception ici défendue. En rappelant par exemple les travaux de Baltes, Schaie, Labouvie-Vief, elle insiste sur le caractère multilinéaire du développement psychologique tout au long de la vie : ce développement est fait de l’enchevêtrement de périodes de croissance, de déclin, de gains, de pertes au sein d’un processus dynamique. Le développement est déterminé de manière multiple, écrit-elle et je la rejoins là encore, par l’action conjointe et l’interaction de facteurs liés à l’âge, à l’histoire, aux événements marquants d’un cheminement existentiel. Je reste d’accord pour envisager dans son sens large le développement comme l’ensemble des changements qui s’opèrent dans les capacités adaptatrices de l’organisme dans un sens positif ou négatif ; l’interaction dynamique des gains et pertes peut aboutir à des compensations. Le rappel de Piaget me semble ici très opportun sur la construction progressive de l’individu à partir de l’interaction entre le sujet et l’objet, interaction de fait incontournable. La constitution hypothétique d’un cinquième stade post-formel au-delà de l’adolescence m’apparaît par ailleurs heuristique et très intéressante ; elle se trouve souvent validée empiriquement à travers ce stade tardif identifié comme celui de la connaissance épistémique et contextualisée.

Là où j’émettrai de fortes réserves parce que les propos me semblent être en contradiction avec ce qui précède, c’est lorsque Ch. Vandenplas-Holper indique que " le développement apparaît sous un angle essentiellement positif, à partir de la notion de " contrôle " que la personne exerce sur son environnement et sur elle-même, à partir des notions de " recherche du sens de la vie ", de " maturité " et " sagesse ". La maturité est conçue par l’auteure comme l’intégrité morale, l’engagement social responsable, le fait de se conduire de manière autonome et de contrôler sa vie " (p. 34). même si l’auteure s’appuie sur Labouvie-Vief pour donner une autorité à son argumentation, nous sommes là, me semble-t-il, davantage dans une psychologie normative, une ortho-psychologie que dans une psychologie empirique ; cette dernière permet d’observer la variété des adultes qui sous nos yeux pérégrinent en donnant à leurs parcours des perspectives très différentes les unes des autres, certains adultes ne se posant même pas la question de recherche du sens de la vie, souvent parce que ne le pouvant pas. 11

Finalement le développement psychologique gagnerait à être situé en regard de ce qu’observe Vandenplas-Holper en matière de contrôle, ce qui lui fait écrire que les personnes les plus âgées pensent contrôler personnellement leur développement moins que les personnes les plus jeunes; au fur et à mesure où elle vieillit, la personne est de plus en plus soumise à des événements incontrôlables et à des pertes irréversibles. Il y a alors déplacement des processus assimilateurs vers des processus accommodateurs. Ces propos pertinents me semblent bien venus pour contre-balancer la vieillesse heureuse évoquée par ailleurs.

Maturité, Maturation, Pré-maturation, Immaturité

Dans la représentation que l’adulte se fait concrètement de lui-même, nous sommes loin d’une identification de la vie adulte à la maturité assimilée à l’intégrité morale, à l’engagement social responsable, au fait de se conduire de manière autonome et de contrôler sa vie. D’ailleurs autonomie et contrôle sont deux valeurs qui appartiennent en propre à la société industrielle moderne qui vient terminer sa course dans les années 1970. Depuis l’avènement des sociétés postmodernes, ces valeurs sont remises en cause voire ruinées, ce qu’a bien mis en évidence voici quelques années C. Castoriadis.12 Il nous faut désormais faire le deuil de valeurs qui appartiennent à une culture passée et dans un monde marqué par la complexité de son organisation nous contenter d’autonomies et de contrôles partiels ; les dispositifs de conseil et d’accompagnement destinés aux adultes pour étayer leurs itinéraires le montrent bien ; les aléas des pertes d’emploi, des temps de chômage, des déstructurations familiales, de l’effacement des grands discours idéologiques régulateurs témoignent bien du fait que nous sommes entrés dans l’ère des autonomies limitées : les bilans de compétence réalisés par les adultes expriment par exemple pour la très grande majorité d’entre eux la fragilité des parcours verbalisés. Ainsi l’adulte ne rêve plus à l’autogestion ni à la libération ; il essaie aujourd’hui plus modestement de se ménager une parcelle de liberté protectrice suffisamment viable et parce qu’il doute de lui-même dans cette modeste ambition, il n’a de cesse de se faire accompagner ou coacher. De ce point de vue, la psychologie existentielle entretient une secrète connivence avec la sociologie des techniques car les travaux autour des sociologies de la panne et de la défaillance technique manifestent ce par quoi nos contrôles sur nos environnements deviennent malgré nous des contrôles partiels ; il ne peut en être autrement des contrôles que nous exerçons sur nous-mêmes. À l’ère postmoderne, nous sommes bien entrés dans une double suspicion vis-à-vis du contrôle, suspicion du contrôle interne que nous pouvons exercer sur notre propre capacité à devenir autonome, suspicion du contrôle externe que nous tentons d’appliquer à la maîtrise de nos environnements naturels et techniques. Ainsi le zéro défaut est un slogan publicitaire qui sert d’argument de vente; il ne correspond ni à l’évolution des fonctionnements socio-techniques actuels, ni au profil observable des itinéraires psycho-existentiels.

Aussi au lieu de trop valoriser les concepts de maturité et de sagesse qui me semblent représenter des concepts prescriptifs ou dans le meilleur des cas plus hypothétiques que descriptifs de situations concrètes, il est sans doute plus opportun de tenter de construire un modèle non linéaire du cours de la vie adulte. Ce modèle devrait intégrer de façon paradoxale ces quatre variantes du développement psychologique que sont la pré-maturation, la maturation, la maturité et l’immaturité. Chaque adulte en effet relève pour une part de lui-même à identifier, simultanément des unes et des autres de ces variantes. Dans cette perspective, il faut saluer le travail de Ch. Vandenplas-Holper qui a voulu réhabiliter le vieux concept de maturité pour le mettre en débat ; car finalement nous ne pouvons pas nous passer d’une référence à la maturité, ne serait-ce que pour dire que nous ne l’avons pas, que nous ne pouvons l’appréhender que sur un mode négatif, celui de l’écart. Certes toute maturité est cadrée biologiquement par des repères bien précis qui posent des questions cruciales au psychologue du développement lorsqu’il cherche à effectuer trop rapidement de simples transferts conceptuels d’un champ épistémologique voisin dans le sien propre.

Perspectives plurielles de la vie adulte

L’intérêt de l’approche que nous propose Ch. Vandenplas-Holper, lorsqu’elle identifie développement adulte et maturité est donc d’avoir sorti le concept de maturité du musée dans lequel les psychologues l’avaient enfermé depuis quelques temps pour lui redonner toute son actualité. Ce faisant, l’auteure nous rappelle qu’au-delà du caprices des temps, des incertitudes portées par les conjonctures, nous pourrions gagner à avoir de nouveau recours à la maturité mais en la considérant comme concept hypothétique pour nous aider à caractériser la vie adulte. Dans ce contexte alors, ne commettons pas de contre sens dans le réemploi du concept de maturité ; il ne s’agit plus d’une maturité générique à l’intérieur de laquelle ranger l’ensemble de la vie adulte ; il s’agit au contraire d’une maturité spécifique, identifiable et susceptible d’être délimitée, portant sur l’une ou l’autre habilité elle-même circonscrite. Cette forme de maturité cohabite chez le même adulte avec une immaturité voisine porteuse sur un autre registre comportemental d’inadaptation. En effet, nous avons été rendus sensibles aujourd’hui à la grande diversité des situations de vie adulte, voire même aux contrastes qui pouvaient subsister à l’intérieur d’une même vie adulte, nous amenant à envisager toute vie adulte sous un angle pluriel.

Je préconiserai donc une approche plus dialectique, paradoxale, peut-être postmoderne, cherchant à identifier au sein d’une psychologie de la vie adulte simultanément des composantes de maturité, des composantes de maturation et des composantes d’immaturité. Cette approche présente entre autres, l’avantage d’éviter de traiter la maturité d’un point de vue absolu et normatif comme relevant de l’état le meilleur, le plus souhaitable vers lequel nous devons tendre ; il s’agit au contraire d’envisager la maturité d’un point de vue relatif, peut-être en l’associant à l’un de ses synonymes, actuellement à la mode, le terme de compétence. Nous n’atteignons pas un état global de maturité. Nous avons des formes de maturité bien identifiables que l’on peut assimiler à travers les maîtrises et savoirs-faire qu’elles engendrent à des compétences. C’est au regard de ce gain psychologique octroyé par la maîtrise des compétences que nous pouvons situer des carences, des déficits venant d’une maturation interrompue par des facteurs contrariants, notamment environnementaux, venant par ailleurs d’une pré-maturation problématique liée à un capital génétique ou expérientiel qui a été très tôt hypothéqué et n’a pu donner lieu à maturation, comme dans les différentes formes de handicap congénital voire acquis qui sont les formes les plus visibles de pré-maturation problématique.

Laissons de côté la sagesse qui nous renvoie davantage à une figure plus philosophique que psychologique ; ligne de fuite à l’horizon de nos intentions plutôt qu’acquis palpable, sa nature éminemment multidimensionnelle la rend difficilement saisissable et utilisable à moins d’en faire simplement dans le meilleur des cas une attitude existentielle désirable, plus à conquérir d’ailleurs qu’à acquérir. En revanche, envisageons les maturités sous leurs formes plurielles ; nous considérerons alors ces dernières comme des avantages concrétisant des acquisitions rendues possibles au prix de mutilations associées à d’autres secteurs de nos existences, caractérisés par des formes déficitaires ; ce sont ces formes que nous identifierons à des immaturités patentes. De ce point de vue, maturités et immaturités dans leurs inter-relations semblent obéir au principe des avantages comparatifs cher aux économistes. Mais ces maturités acquises, comme il en va de toutes compétences, ne sauraient constituer des invariants avantageux et durables ; elles sont susceptibles d’être menacées, voire malmenées par l’avancée en âge et le vieillissement ou par le jeu d’événements perturbateurs. C’est la raison pour laquelle elles doivent être étayées continuellement sur des maturations à mettre en place : apprentissage, formation, construction qui ouvrent l’adulte vers un monde de possibles, bousculant les maturités acquises pour constituer de nouvelles compétences.

En définitive s’il ne saurait y avoir une seule maturité adulte posée a priori comme régulateur du développement psychologique, il n’y a pas plus d’immaturité généralisable a priori ou a posteriori à laquelle on déciderait de réduire toute vie adulte. Si donc, instruit par la confrontation avec la problématique de Ch. Vandenplas-Holper, j’avais à reformuler ma propre problématique, ce serait désormais dans le cadre pluriel des immaturités de la vie adulte. En cela le débat entre nous n’aura pas été vain. Il m’a permis d’avancer en direction d’une élucidation plus élaborée du concept d’immaturité adulte, considéré comme ce blocage régressif dans le travail de maturation, du fait de l’action d’événements perturbateurs. Il s’agit d’un blocage ignoré par l’adulte ou conscientisé par lui. Ce blocage dans certains cas sera vécu comme inhibiteur voire névrotique mais dans d’autres, il apparaîtra comme questionnant et structurant car on ne se mobilise jamais autant d’un point de vue existentiel qu’à partir de ses propres manques.

auteur

Jean-Pierre Boutinet est professeur à l’Université Catholique de l’Ouest - I.P.S.A. d’Angers, directeur de l’Institut de Recherche Fondamentale et Appliquée d’Angers, professeur associé à l’Université de Sherbrooke (Canada) et chercheur associé à l’Université Paris X. Enseignant-chercheur, il est aussi consultant et intervenant auprès de différents organismes professionnels de l’éducation, de la santé, des secteurs sociaux et de l’aménagement. Il a orienté ses recherches principalement vers les conduites à projet entrevues sous les trois angles de leur évolution historique, de leurs caractéristiques psychologiques et de leur signification sociologique. Il s’intéresse par ailleurs aux âges de la vie et plus spécialement à une psychosociologie de la vie adulte. Il oriente actuellement ses recherches sur les temporalités du moment présent.
Courriel: jean-pierre.boutinet@wanadoo.fr

notes

  1. Certes citons à titre d’exception l’ouvrage à allure polémique à l’encontre du terme d’adulte de G. Lapassade, L’entrée dans la vie, essai sur l’inachèvement humain. Mais cet ouvrage qui remonte à 1964 demeure une publication isolée, très singulière dans son originalité et certainement prémonitoire ; la preuve en est qu’il vient d’être réédité récemment.
  2. Sur les auteurs qui ont abordé la vie adulte à partir du changement d’âge, pour une vue d’ensemble, voir le travail de R. Houde.
  3. Profitant des facilités offertes par le Dictionnaire Larousse dans ses dernières éditions qui autorise l’usage substantivé du qualificatif d’adulte, par la suite de mon propos, pour plus de simplicité, je délaisserai ma position puriste de départ et utiliserai volontiers la nomination " adulte " pour désigner les hommes et les femmes appartenant à la classe d’âge adulte.
  4. Cf. Itinérance, Atelier 2000.
  5. Concernant les représentations que les adultes se font d’eux-mêmes, cf. les témoignages recueillis dans l’ouvrage Útre adulte paru en 1996.
  6. C’est une telle souffrance identitaire qui a été mise en évidence récemment dans l’ouvrage de C. Dejours, Souffrance en France.
  7. Ce refus d’idéalisation chez l’adulte se traduit bien souvent par l’inverse de l’idéalisation, une position dépressive; c’est cette position qui est décrite par A. Ehrenberg dans La fatigue d ’être soi.
  8. Cf. lntellectual evolution from Adolescence to Adulthood, Human Development, 1972, 5, pp. 1-12.
  9. Cette déchirure paternelle est illustrée par le récent ouvrage de F. Hurstel
  10. De son côté le sociologue G. Mendel après avoir milité dans son ouvrage de 1968 pour La révolte contre le père constate avec résignation et de façon désabusée dans les années 1980 que l’on était entré dans Une société sans père !
  11. Cf. ses différentes contributions autour des Carrefours du labyrinthe.

abstract

In 1998, when his work on the immaturity of adult life and C. Vandenplas-Holper’s work on maturity and wisdom in adulthood were published simultaneously by the same publisher, the author seized the chance to investigate the concepts of maturity and immaturity and their relevance to adult life. Preferring to employ the notion of adult life rather than adulthood, he shows how adult life, in our post-modern cultural context, reveals itself as fluctuating, proceeding by trial and error, even chaotic. He notes that adults themselves often have trouble recognizing themselves as adults in the situations of insecurity and regression that they feel they experience. In this respect, the cognitive-developmental framework favoured by Vandenplas-Holper seems to the author to be too restrictive to describe adult life today. According to the author, the debate between adult maturity and immaturity should open the way to the establishment of a dialectical, plural model able to describe all adult life simultaneously, in terms of maturities, maturations and immaturities.

références

BOUTINET, J.-P. (1998). L’immaturité de la vie adulte, Paris. P.U.F.

CASTORIADIS, C. (1990). Le monde morcelé, les Carrefours du labyrinthe III. Paris : le Seuil.

COLLECTIF (1996). Útre adulte, 100 personnalités témoignent de leur expérience. Albin Michel.

DEJOURS, C. (1997). Souffrance en France. Paris : Le Seuil.

EHRENBERG, A. (1998). La fatigue d’être soi, dépression et société. Paris : Odile Jacob.

HURSTEL, F. (1997). La déchirure paternelle. Paris : P.U.F.

HOUDE, R. (1999). Les temps de la vie, le développement psychosocial de l’adulte. Montréal : Ga¥tan Morin (3e éd.)

LAPASSADE, G. (1963). L’entrée dans la vie, Essai sur l’inachèvement de l’homme. Paris : Éditions de Minuit.

MENDEL, G. (1968). La révolte contre le père. Paris : Payot.

MORIN, E., Itinérance, Atelier 2000.

PIAGET, J. (1972). " Intellectual evolution from Adolescence to Adulthood ". Human Development, pp.1-12.

VANDENPLAS-HOLPER, C. (1998). Le développement psychologique à l’âge adulte et pendant la vieillesse, maturité et sagesse. Paris : P.U.F.

* Cet article est publié simultanément dans la revue italienne Pedagogia e Vita, 4, 2001, Université du Sacré-Coeur de Milan, Italie.



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