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L’imaginaire professionnel des jeunes adolescents1

Bernadette Dumora
Laboratoire de recherche en Psychologie de l’orientation, INETOP, CNAM, Paris


auteur

contenu

Problématique théorique
Méthodologie de l’enquête
Résultats et interprétation
Conclusion


1. Problématique théorique

L’objectif de cette recherche est de mettre en évidence les structures stéréotypées et sexuées de l'univers des préférences professionnelles chez les jeunes adolescents à l'âge de l'entrée au collège. Il s'agit pour nous d'approfondir et de systématiser sur un plus grand nombre de sujets les constats d'une recherche antérieure (Dumora, 1988, 1990). Dans cette recherche, nous avons observé, à partir de l'analyse des préférences professionnelles et de leur argumentation, par entretiens approfondis, chez 35 sujets de deux collèges sociologiquement contrastés, que les sujets de 6ème expriment individuellement des préférences professionnelles nombreuses, mais que ces préférences nombreuses constituent un corpus réduit de professions différentes, concentré autour de deux pôles essentiellement : le pôle médiatique du sport professionnel de haut niveau, du spectacle et de la télévision (plus d’un tiers des préférences exprimées par les filles relèvent de cette catégorie et plus de la moitié chez les garçons) et le pôle altruiste des professions de soin qui s’exercent auprès de jeunes enfants, de malades ou d’animaux (un peu moins d’un tiers des préférences des filles et un cinquième de celles des garçons relèvent de cette catégorie). Analyse longitudinale, à la fois discursive et thématique, cette recherche embrasse du même geste les contenus symboliques des choix, les processus cognitifs de leur argumentation, les déterminants sociaux de leurs différences inter-individuelles, et les déterminants développementaux de leurs différences intra-individuelles. Ce qui rend possible cette visée oecuménique, c'est qu'elle porte sur un nombre réduit de sujets. Mais comme toute étude qualitative, elle reste en deçà des exigences académiques de l'administration de la preuve et elle débouche sur des hypothèses plutôt qu'elle n'est gouvernée par elles. Ce sont donc ces hypothèses que nous souhaitons mettre à l'épreuve d'une étude sur un plus grand nombre de sujets.

L'hypothèse de la stéréotypie des préférences professionnelles à cet âge est conforme aux constats d'autres recherches en psychologie de l'orientation effectuées à plus de deux générations d'intervalle et dans des contextes sociaux différents: Ginzberg et al., 1951, Huteau, 1972, 1976, Achache, 1997. A chaque époque, cette stéréotypie des préférences professionnelles, conformisme ou convergence grégaire des préférences vers les modèles prégnants dans ce groupe d'âge, nous semble tout à fait analogue à celle des modes vestimentaires, langagières, idéologiques ou comportementales dont on peut penser qu’elles sont engendrées par la pression normative des groupes de pairs à cette période. En raison de l’adhésion des jeunes adolescents à une culture juvénile naissante (Dubet et Martuccelli, 1996), du poids des médias dans la constitution de l'imaginaire enfantin (Chombart de Lauwe et Bellan, 1979), du partage des mêmes héros et des mêmes identifications étant donné l’influence croissante des groupes de pairs (Berndt, 1979, Bukowsky W.M., Gauze, C., Hoza, B., et Newcomb, 1993, Mallet, 1997), ces adolescents expriment des choix stéréotypés, prestigieux, et largement indépendants des professions parentales. Le corpus des préférences exprimées par les élèves de nos deux collèges sociologiquement contrastés ne diffère pas sensiblement, et, quelle que soit la profession du père, à deux exceptions près, les 35 élèves de notre population préfèrent en 6ème des professions qui sont socialement prestigieuses soit par le niveau d’études exigé, soit par la célébrité médiatique qui y est attachée. On sait combien les positionnements sociaux et scolaires vont modifier ensuite ces premières préférences et combien va jouer, sur les choix ultérieurs, la "causalité du probable", selon le terme de Bourdieu repris dans le domaine de l'orientation par Duru-Bellat (1995).

L'hypothèse de la différence de ces préférences en fonction du sexe
est issue de cette même observation: les réponses des garçons et des filles diffèrent quantitativement et qualitativement et si on observe les mêmes pôles de regroupement, altruiste et médiatique, les professions n'y sont pas les mêmes. On retrouve donc, avec ces stéréotypes sexuels, les propositions essentielles de la théorie de Gottfredson (Gottfredson, 1981, Munoz-Sastre, 1994, 1996). De ses propres observations et de l’examen d’autres études sur les représentations professionnelles, Gottfredson tire la conclusion que les préférences professionnelles des individus s’organisent très tôt selon un schéma simple structuré par deux axes : l’axe de la masculinité-féminité des professions qui se met en place dès 6 ou 7 ans, et l’axe du prestige social un peu plus tardif, de 9 à 13 ans. Ces deux axes déterminent une sorte de “ carte cognitive des professions ” qui circonscrit une zone des professions acceptables, en ce qui concerne ces deux critères. Et ce n’est que plus tard que se précisent, à l’intérieur de ces frontières d’acceptabilité, les domaines d’activité susceptibles de satisfaire d’autres valeurs et préférences personnelles, au moment d’ailleurs où les premières échéances institutionnelles imposent les premières décisions aux adolescents.

Enfin, au-delà d'une différence sexuée des thématiques professionnelles, nous faisons l'hypothèse d'une différence de structure des préférences entre garçons et filles. Les uns et les autres ont tendance à décliner des séries de professions dont la proximité est évidente ou le lien logique perceptible: pour reprendre les termes de Super (1973), plus qu'une "exploration" divergente ou désordonnée, l'imaginaire professionnel des jeunes adolescents se présente comme une organisation convergente et "cristallisée". Cette hypothèse structurelle, issue de nos propres observations empiriques, trouve une validité théorique dans des travaux classiques en psychologie de l'orientation, tels que ceux de ceux de Rufino (1981), de Huteau (1982), ou de Guichard (1993), qui assimilent conceptuellement les préférences et les représentations professionnelles: toute préférence professionnelle, aussi éphémère soit-elle, s'appuie toujours sur des représentations, et toute représentation, aussi pauvre soit-elle, s'accompagne de préférences et de rejets. Préférences et représentations sont en quelque sorte isomorphes, se construisent simultanément, et elles constituent une appréhension encore schématique et manichéenne du monde professionnel. Cette façon de "voir" le monde professionnel est à la fois tributaire des significations et des symbolisations subjectives de l'adolescent, et de ses positionnements sociaux. Au même titre que les représentations sociales dont elles partagent en partie le mode de construction et le fonctionnement, les préférences professionnelles semblent structurées autour d'un noyau central stable et organisateur, auquel s'agrègent, à la périphérie, des éléments plus labiles et conjoncturels. La mise en évidence de cette structuration suppose une méthode qui rende compte à la fois de la thématique des préférences et de la force des liaisons entre ces préférences dans les groupes à comparer - ici, les filles et les garçons -.

Cet intérêt d'un chercheur en psychologie de l'orientation pour une période qui se situe très en amont des paliers décisifs du système scolaire et donc des choix effectifs, se comprend à la lumière de l'évolution de l'orientation scolaire et professionnelle, de ses pratiques et de ses modèles théoriques. La nouvelle "orientation éducative", qui s’est mise en place en une trentaine d’années après une longue tradition psychométrique (Huteau 1992, 1997), justifie que l'on décrive les représentations et les préférences professionnelles des collégiens et que la recherche dans ce domaine essaie de construire un corpus de savoirs relatifs à leur évolution. Ces représentations et ces préférences collégiennes constituent en effet la matière même, fluide ou résistante, d'où émergeront progressivement les choix de fin de cycle que la pratique de l'éducation à l'orientation, officiellement obligatoire au collège depuis 1996 mais expérimentalement présente depuis une vingtaine d'années, est censée rendre aussi informés, consistants et autonomes que possible. La recherche doit procéder à l'analyse serrée du jeu des forces psychologiques et sociales qui concourent à l'élaboration et à la transformation, tout au long de la scolarité, des représentations et des préférences adolescentes. Du point de vue pragmatique, une connaissance approfondie des processus permettrait d’éviter l'écueil de l'orientation pour les équipes éducatives de collège: prendre au pied de la lettre des préférences professionnelles au risque de "chosifier" un projet à partir d'images dont on fait ici l'hypothèse qu'elles ne sont que des rêves très stéréotypés chez l'adolescent jeune et dont on a montré ailleurs qu'elles sont aussi très éphémères (Dumora, op. cité).

2. Méthodologie de l'enquête

2.1. Recueil des données

Il a été effectué auprès de 225 élèves de 6ème (119 filles, 106 garçons) scolarisés dans trois collèges de Bordeaux ou de la banlieue, sociologiquement différenciés. Nous n’avons pas pris en compte le chômage des parents, variable dont on peut certes supposer qu’elle influence les représentations d’avenir et les préférences professionnelles des enfants, mais dont il était difficile, dans un questionnaire écrit succinct proposé à de jeunes collégiens, d’avoir des informations précises, sur la durée en particulier.

Le corpus de réponses que nous analyserons est constitué par les réponses, en temps libre, à une simple question écrite ouverte: " quelle(s) profession(s) aimerais-tu exercer plus tard?".

2.2. Traitement des données

Il s'effectue en trois temps:

Le
dénombrement des réponses brutes

Nous acceptons les énoncés quelle que soit leur forme verbale: substantifs désignant des professions, abréviations des noms de professions, verbes caractérisant l'action essentielle de la profession, périphrases décrivant cette action. Tous les sujets de notre population ont donné des réponses, et leur nombre varie de 2 à 9. On dénombre ainsi au total 951 énoncés différents, soit une moyenne de 4,22 réponses par sujet. 40 énoncés n'ont cependant pas été comptabilisés, soit parce qu'ils n'étaient pas recevables comme préférences professionnelles, soit parce qu'il s'agissait de critères de choix plutôt que de préférences ("des professions sûres pour ne pas devenir chômeuse", "quelque chose où on gagne bien sa vie", "avoir un métier sûr", "un métier pour que je puisse assurer la vie de ma famille", "une profession où je peux élever mes enfants" etc...), soit parce que ces réponses sont des provocations adressées aux chercheurs ou des plaisanteries ("SDF", "clodo"..). Qu’il soit exprimé sur le mode sérieux ou de la dérision, ce type de réponses est probablement le signe de la prégnance des discours sur les risques de chômage. Absent lors de notre première recherche qui a été conduite sur le terrain entre 1980 et 1985, il serait certes intéressant à étudier mais il reste hétérogène à notre interrogation présente.

Le regroupement sémantique des différentes formes verbales

Sans pour autant trahir les énoncés réels, cette opération permet une réduction importante de la liste totale des professions. Nous classons ensuite les réponses en fonction de leur fréquence. L'examen des préférences ainsi classées montre que le corpus des préférences des filles diffère sensiblement de celui des garçons: il est quantitativement plus riche, et qualitativement différent. Nous les traiterons donc désormais séparément et nous les comparerons.

L'analyse de similitude

L'utilisation de techniques d'analyse factorielle, fondées sur l'étude des variations interindividuelles, ne nous semble pas compatible avec le traitement de données dont on veut justement montrer l'aspect consensuel. Nous avons donc choisi d'utiliser la méthode d'analyse de similitude qui nous permet de mettre en évidence la proximité des réponses recueillies à l'intérieur de chaque groupe et leur structuration dont on espère pouvoir dégager la signification. Cette méthode est largement utilisée en psychologie sociale pour l'étude des représentations sociales (Flament, 1986, Doise, Clémence et Lorenzi-Cioldi, 1992). Flament définit la similitude de la façon suivante : “ On admet que deux items seront d’autant plus proches dans la représentation, qu’un nombre d’autant plus élevé de sujets les traitent de la même façon (soit les acceptent tous les deux, soit les rejettent tous les deux)"(Flament, 1986, p.141). Cette méthode n'est pas réservée à l'étude des représentations sociales, elle a été utilisée en psycholinguistique et elle convient à l'étude de co-occurrences dans les réponses de sujets. Dans le cas de son application à l'étude des préférences professionnelles, on admettra donc que deux professions sont d’autant plus proches dans les préférences du groupe considéré, qu’un grand nombre de sujets choisissent ensemble ces deux professions. Autrement dit, nous cherchons à savoir quelles professions "vont ensemble" parmi les choix des filles et parmi les choix des garçons de 6ème et à comprendre le sens de ces regroupements. Nous décrirons pas à pas cette méthode lorsque nous analyserons la structure des préférences professionnelles pour chaque sexe.

3. Résultats et interprétation

3.1. La stéréotypie des préférences professionnelles

Un bon indicateur de la tendance d'un groupe à préférer les mêmes professions, alors que les possibilités de choix sont en principe très nombreuses, voire innombrables, peut être la concentration des préférences sur un petit nombre de professions. C'est en effet ce que nous observons: les regroupements sémantiques réduisent le corpus des 586 réponses des 119 filles à un ensemble de 45 professions différentes et celui des 325 réponses des 106 garçons à un ensemble de 48 professions. Et quand on étudie la fréquence des choix reçus par chaque profession, la stéréotypie devient évidente: plus de 80% des choix des filles se portent sur 12 professions seulement, et plus de 80% des choix des garçons se portent sur 14 professions.

Cette présentation permet de visualiser la très forte concentration des réponses sur 12 professions: 4 réponses sur 5 portent sur l'une de ces 12 professions. Et par ailleurs, le retour aux protocoles montre que 9 filles sur 10 énoncent au moins une profession de cette première colonne des professions plébiscitées.

Chez les garçons, nous voyons dans le tableau suivant que les choix reçus par chaque profession diminuent régulièrement et qu'on n’observe pas de rupture comme chez les filles entre des professions plébiscitées et des professions périphériques. Les garçons émettent d'ailleurs significativement moins de choix que les filles (nombre moyen de réponses chez les filles = 4,96, nombre moyen chez les garçons = 3,06, t de Student=11,92 significatif au seuil de p=.01). Ceci peut signifier soit que les filles ont une plus grande aisance verbale que les garçons, ce qui serait en accord avec les constats habituels sur les différences garçons-filles à cet âge (Baudelot et Establet, 1992), soit qu’effectivement elles sont plus enclines que les garçons à cette activité exploratoire, ces deux explications n’étant pas exclusives l’une de l’autre, mais bien probablement interagissantes. Mais dans un souci de comparaison avec les filles, nous considérons les réponses correspondant aux 82,7% des choix : elles se concentrent chez les garçons sur 14 professions.



Si nous ne pouvons utiliser le substantif stéréotype réservé classiquement par la psychologie sociale aux représentations des personnes, nous pouvons utiliser l’adjectif pour qualifier ces préférences si agglomérées. Nous écartons l'explication cognitive de ce caractère stéréotypé des préférences par la seule méconnaissance du monde professionnel chez des sujets de cet âge: le corpus des professions évoquées pourrait en effet permettre une plus grande dilution des préférences. D'autre part, si la visibilité de certaines professions, voire leur prégnance, dans l'environnement des sujets (l'Institutrice, le Professeur, le Médecin etc...) peut expliquer certaines préférences, on ne peut l'évoquer pour expliquer certains plébiscites tels celui de la Puéricultrice, profession assez peu présente et peu visible dans l'environnement courant des adolescents, ou ceux d'Archéologue, d'Océanographe ou de Cosmonaute, encore que ces dernières professions soient présentes à la télévision. Que les préférences professionnelles soient donc pour l’essentiel très stéréotypées peut se comprendre comme l’effet de l’adhésion des très jeunes adolescents à certaines images et valeurs de notre société que les discours et les médias diffusent - les conseillers d’orientation psychologues connaissent bien dans leur pratique quotidienne l’impact des reportages, des films et des séries télévisées mettant en scène une profession ou une autre ! - adhésion que la prise de distance progressive par rapport aux familles et à leurs modèles et l’importance nouvelle accordée aux groupes de pairs peuvent renforcer.

Comme peut la renforcer aussi la nécessité de la pensée encore enfantine de cette période de fonctionner sur des images concrètes - gestes ou objets professionnels visibles -. En effet, nous observons que les préférences exprimées par nos sujets, qu’ils soient filles ou garçons, ont en commun de porter sur des professions évoquant des images concrètes : les gestes professionnels (soigner, enseigner, poser pour les photographes...ou photographier, conduire des engins, transporter, attraper et punir etc...) ou les objets sur lesquels portent ces professions (le bébé, l’élève, le malade, l’animal, le malfaiteur, les véhicules...) sont le support privilégié de l’imaginaire professionnel de cette période. Les justifications verbales de nos sujets lors de notre première recherche étaient d’ailleurs des descriptions quasi filmiques. Et ni nos sujets de 6ème de 1980, ni ceux-ci en 1995 ne choisissent de professions qui “ ne ” consistent “ qu’en ” négociations, études de dossiers, recherches solitaires, maintenance, surveillance, prévisions, constats, calculs informatiques, analyses, conceptions, simulations etc... sinon de façon très ponctuelle. Cette observation trouve une confirmation inattendue et une explication plausible chez Denis (1979, 1983) qui, dans une recherche sur les images mentales et par une méthodologie toute différente, montre que les professions auxquelles sont attachés des attributs perceptifs saillants (le pompier, le boucher, le jockey...) provoquent une activité d’imagerie mentale plus rapide, plus précise, et plus riche que les professions moins « figuratives » (le gestionnaire, le concepteur, le conseiller...). Du point de vue pragmatique, il est bien probable que l’évolution du monde du travail vers la tertiarisation (Perret et Roustang, 1995, Ettighoffer 1995), voire vers la « virtualisation », demandera au collégien plus âgé et au lycéen d’autres modes de représentation des professions : c’est bien là l’un des problèmes cruciaux de l’information et de l’orientation des adolescents.

3.2 Variables influençant les préférences

3.2.1 Préférences professionnelles et professions des parents

On fait l’hypothèse que le conformisme des jeunes adolescents envers des modèles socialement valorisés dans cette classe d’âge coïncide avec une prise de distance avec les parents de façon générale et avec leurs professions et qu'on observera donc une large prédominance de préférences professionnelles différentes des exemples familiaux. Ceci n'est pas une mise en question du phénomène de "reproduction" étudié par les sociologues de l'éducation: ce phénomène, nous l'avons observé aussi, mais au niveau des choix effectifs plus tardifs dans le cursus scolaire, en 3ème notamment, et nous étudions par ailleurs le processus de rationalisation qui accompagne le renoncement aux voies les plus valorisées et l'adhésion aux choix les plus probables (Dumora et al, 1998). Le conformisme des rêves professionnels des jeunes adolescents laisse place ensuite à la "conformisation" aux choix prescrits par les performances scolaires des adolescents plus âgés. Mais revenons aux rêves de cette première période:

Les préférences les plus stéréotypées, celles de la première colonne, ne viennent qu'exceptionnellement d'un exemple parental. En revanche, on peut considérer qu'une profession sur cinq dans le deuxième groupe est une préférence issue de l'environnement familial. On peut donc conclure que les préférences des adolescents de cet âge, filles et garçons, en tout cas dans cette population de recherche, se polarisent massivement sur un ensemble réduit de professions indépendantes des modèles familiaux. Et ce n'est que de façon périphérique que les professions des pères et/ou des mères viennent alimenter les préférences adolescentes.


Ce manque d’envie de s’inscrire dans une continuité familiale, qu’un sondage récent confirme amplement (Achache, 1997), tient probablement à plusieurs facteurs concourants: certes l’adhésion à des modèles valorisés parmi les pairs, mais aussi l’évolution du système scolaire qui a profondément brouillé les cartes de la “ reproduction ” (Dubet et Martuccelli, 1998), l’évolution du monde du travail vers toujours plus de tertiarisation, et enfin, plus directement perceptible par les adolescents et probablement engendré par les évolutions précédentes, le pessimisme des propos des parents sur leur propre travail (Dubet,1997).


La comparaison entre les listes des professions préférées par notre population avec celle du sondage effectué par Achache fait d’autre part apparaître un large recouvrement puisque dix des professions plébiscitées par nos sujets figurent parmi les seize professions les plus choisies par la population de Achache. La pertinence de cette comparaison est cependant limitée par la différence entre les deux méthodes, celle de Achache proposant une liste de professions a priori, et ne distinguant pas les choix des garçons et des filles.


3.2.2. Préférences professionnelles et collège d’origine


L’appartenance à un collège influence-t-elle l’adhésion aux professions plébiscitées par la population ?

C’est dans le collège 2, de recrutement moyen, que les filles adhèrent le plus massivement aux modèles prisés par cette population. Certes c’est bien dans les milieux socio-culturels moyens, et surtout chez les filles, que l’investissement de l’école comme moyen d’arriver à des diplômes utiles socialement est le plus important (Dubet, 1997) : la disponibilité de ces sujets pour cette activité sollicitée dans le cadre scolaire est donc peut-être plus importante. Mais cette valorisation de l'école n'explique pas la centration quasi exclusive de leurs réponses sur les professions plébiscitées par leur groupe d'âge. Sont-elles fascinées plus que les autres par les modèles prestigieux de la réussite sociale inhabituels dans leur environnement familial? Cette explication trouverait son corollaire dans le fait que ce sont les filles du collège 3, plutôt favorisé, qui donnent le moins de réponses de ce type : ce sont elles en effet qui semblent le moins fascinées par les professions plébiscitées (encore que même chez elles plus de 70% les choisissent !) et surtout elles empruntent plus facilement que les autres leurs préférences aux professions parentales plus prestigieuses.

On ne retrouve pas ces résultats chez les garçons : les différences entre collèges ne sont pas significatives.

Préférences professionnelles et sexe 

Ce tableau est consonant, pour la majorité des professions présentes, avec l’axe de masculinité-féminité de la carte cognitive de Gottfredson, à ceci près que nous avons une classification plus grossière que la sienne qui se fait le long d’un axe gradué. Ces constats sont d’ailleurs aussi en consonance avec les travaux relatifs aux choix adolescents plus tardifs (Krumboltz, 1979, Wach et al, 1992, Guichard, 1993, Duru-Bellat, 1995).

Il nous paraît intéressant maintenant de dépasser le constat récurrent d’une différenciation thématique pour étudier plutôt la différenciation structurelle de l'univers des préférences féminines et masculines.

3.3. La structure de l'univers des préférences professionnelles

Etape 1: construction de la matrice des co-occurrences

Nous faisons l'hypothèse de l'existence d'une structure, c'est-à-dire d'une organisation ordonnée des préférences différente d'une répartition aléatoire. Une première lecture des protocoles montre ainsi que les filles qui choisissent Institutrice choisissent aussi très souvent Professeur et que les garçons qui choisissent Pilote choisissent aussi très souvent Sportif. D'autres professions sont au contraire disjointes dans les préférences: Mannequin et Archéologue ne font l'objet d'aucun double choix chez les filles comme Cosmonaute et Vétérinaire chez les garçons. On doit donc procéder au dénombrement un peu fastidieux de toutes les paires dans les réponses des sujets et construire la matrice des co-occurrences. C'est un tableau à double entrée où sont inscrites, en abscisse et en ordonnée, les 12 professions préférées par les filles (les 14 par les garçons), ce qui permet de faire apparaître les liaisons entre toutes les paires possibles repérées dans les protocoles. On voit dans les tableaux suivants que le nombre de co-occurrences entre deux professions va de 38 à 0 chez les filles, de 25 à 0 chez les garçons, dessinant ainsi une courbe en J considérée comme la caractéristique statistique de l'existence de stéréotypes (Vergès, 1994).



Lecture du tableau:

Les nombres de 1 à 12 correspondent aux professions les plus choisies par les filles
- cellule 1-2 : 8 sujets ont choisi en même temps la profession 1 Vétérinaire et la profession 2 Professeur
- cellule 2-5: 38 sujets ont choisi en même temps la profession 2 Professeur et la profession 5 Institutrice.


Etape 2: Calcul de la force de la liaison de chaque paire de professions.

Elle est donnée par un indice de similitude, qui, comme son nom ne l'indique pas avec assez de clarté, désigne la proximité entre deux éléments dans la représentation, et donc la probabilité de leur évocation simultanée. Cet indice est utilisé par la plupart des auteurs travaillant sur la structure des représentations sociales. Nous choisissons l’indice de Jaccard parce qu’il est indépendant de la simple fréquence des réponses (Doise et al., 1992, Castra, 1995): il nous permet donc de voir la proximité entre les professions prises deux par deux (tableau 8) et de repérer ainsi les paires les plus fortement liées, ce qui est déjà une information sur la structuration de l'univers des préférences (tableau 9).



nombre de co-occurrences entre deux professions
I j = --------------------------------------------------------------------------------
nombre de sujets ayant choisi au moins l’une des deux professions



 



Etape 3: Construction des arbres de similitude

C'est la représentation graphique des choix où les sommets sont les professions dont nous connaissons la fréquence, et où les arêtes sont les liaisons entre les professions dont la force a été évaluée par l'indice de similitude. L'arbre maximum de similitude est celui dont la somme des arêtes est maximum: pour le construire, on ne garde, pour chaque triade de professions, que les deux liaisons les plus fortes, la troisième n’apparaît donc pas sur le graphe (Doise, Clémence et Lorenzi-Cioldi, 1992). L'arbre maximum de similitude fait ainsi apparaître les "chaînes" de préférences et les pôles de cristallisation des choix auxquels le chercheur peut donner du sens en examinant les professions impliquées dans ces chaînes et ces pôles.

Figure 12. Arbre maximum de similitude chez les filles

Qu'observe-t-on chez les filles ?

L'existence de pôles

Le regroupement des professions tel qu'il se présente dans les réponses des filles apparaît effectivement ordonné et le chercheur n'a pas de peine à identifier et à caractériser les pôles mis en évidence. Le plus facile à interpréter est celui qui regroupe très logiquement autour de Puéricultrice les professions de Vétérinaire, Médecin, et Infirmière : il s’agit de professions de soin, soin étant entendu au sens large puisque donné aux malades, aux petits enfants ou aux animaux. Le deuxième regroupement, autour de Institutrice et Professeur comprend les professions de Journaliste et Archéologue, et il peut être interprété comme celui des professions intellectuelles, où dominent l'enseignement, Professeur et Institutrice étant à la fois parmi les professions les plus fréquemment choisies (Professeur est en rang 1 et est choisi par près d’une fille sur 2, Institutrice en rang 4), et les plus fortement liées (.65). Le troisième pôle repérable regroupe Mannequin, Actrice, Hôtesse de l’air et Dessinatrice. Cette dernière profession est une catégorie générale choisie pour classer les réponses styliste, créatrice de mode, dessinatrice de robes, et "une profession dans le dessin" et on aurait pu s’attendre a priori à la voir plus liée qu'elle ne l'est (.14) à Mannequin, étant donné leur contiguïté réelle. Mais son rapprochement de Hôtesse de l'air nous autorise à interpréter ce regroupement comme celui de la séduction féminine.

L'existence de chaînes significatives:

La chaîne Puéricultrice-Institutrice-Professeur est remarquable car elle est en quelque sorte développementale et assure quasi-chronologiquement le passage entre le pôle Soin, la puéricultrice intervenant auprès du nourrisson, et le pôle Enseignement, l'institutrice intervenant auprès de l’enfant et le professeur auprès de l’adolescent. Dans une métaphore de couturière, on pourrait dire que cette chaîne des professions de l'Enfance est bien plutôt une trame sur laquelle vient se tisser une grande partie des choix des filles. La liaison Journaliste-Actrice assure le passage entre les professions intellectuelles et le bloc Séduction: on peut supposer que c'est l'aspect informatif du journalisme qui permet la transition avec le premier bloc et l'aspect médiatique avec le deuxième.

Figure 13: Arbre maximum de similitude chez les garçons

Qu’observe-t-on chez les garçons ?

L'existence de pôles

On observe une polarisation comparable autour de trois blocs : le plus simple à interpréter est le bloc Vétérinaire-Humanitaire-Médecin clairement identifié comme un pôle de Soin que nous pouvons rapprocher de celui des filles. Apparaît aussi un pôle Recherche-Enseignement que l’on peut aussi rapprocher thématiquement de celui des filles : cependant chez les garçons, ce pôle est plutôt dominé par la Recherche, et peut-être l’aventure avant la recherche scientifique. La profession de Professeur, 1ère chez les filles, ne reçoit que 10 choix, ce qui la relègue chez les garçons au rang 11. Les deux pôles Soin et Recherche sont reliés par les professions de l'Environnement interprétables à la fois comme Soin à la nature et comme profession de Recherche. Enfin, on observe un regroupement plus distendu de professions où semblent dominer le Sport et l’Action. Le Journaliste, rattaché chez les filles à Actrice et Professeur est ici lié très fortement à Pilote dont il est censé partager l’action et les voyages et moins fortement à Photographe avec qui il est associé dans cette action. Les deux secteurs Humanitaire et Environnement, qui recouvrent de très nombreuses formulations aussi idéalistes que fantaisistes ( par exemple, travailler pour sauver les enfants africains pour l'un, ou sauver les forêts en voie de disparition pour l'autre), sont reliés, de façon très logique, le premier au pôle Soin et Action, le deuxième au pôle Soin et Recherche-Enseignement.

l'absence de chaînes significatives comparables à celles des filles

La chaîne la plus centrale est celle qui relie Pilote à Sportif, les deux professions les plus fréquentes, mais leur lien est moins fort que celui qui unit les professions de l'enfance chez les filles. Certes on peut repérer des pôles de sens, mais pour reprendre notre métaphore de couturière, la structure des préférences des garçons apparaît plus effilochée: leurs préférences professionnelles sont à la fois moins nombreuses et moins hiérarchisées.

3.4. Comparaisons

Comparons ces résultats à des données plus anciennes, puis plus récentes. Les préférences que nous venons d'étudier sont très proches de celles des élèves de 6ème de notre première recherche, interviewés en 1980-1981. On retrouve les mêmes professions avec quelques différences dans les fréquences: la profession de Vétérinaire qui est la plus fréquemment choisie est nouvelle par rapport à l'étude de 1980 où elle n'apparaissait qu’une fois. Le pôle Enseignement est aussi plus net qu’en 1980: lorsque l'item Institutrice était choisi, à cette époque, les élèves précisaient la plupart du temps "institutrice en maternelle", ce qui le rapprochait encore plus de la puériculture, et Professeur, choisi ici en rang 1 ex-aequo avec Vétérinaire, était périphérique en 1980. Mais cette tendance au changement reste donc très limitée, puisque persistent les mêmes concentrations de réponses. Plus récente et avec une méthodologie différente - échelle de type Likert relative à une liste a priori de 50 professions -, la recherche de Marvaud (1998) aboutit, pour les filles de 6ème, à un classement également très proche puisque les scores les plus forts qu'elles attribuent vont aux mêmes douze professions préférées par nos sujets auxquelles elles ajoutent Photographe et Avocate, deux professions qui ne sont que périphériques ici. Plutôt que le changement, c'est bien la permanence des préférences professionnelles des filles de 6ème de différentes générations qu'il faut signaler. Et ceci malgré l'évolution des rôles sociaux des hommes et des femmes, et l'ouverture de certaines professions traditionnellement masculines aux filles des générations actuelles. Les préférences que nous avons observées tant en 1980 qu'en 1995, et les plus récentes de Marvaud, obéissent aux stéréotypes sexuels les plus traditionnels: ces stéréotypes ont été abondamment étudiés à plusieurs niveaux du système éducatif ( Wach et al, 1992, Duru-Bellat, 1995) et on sait que cette catégorisation des sexes, ou "schéma de genre", se constitue progressivement par l'intériorisation d'images, de modèles et de discours environnants, et par les pratiques aussi bien familiales que scolaires et ludiques et qu'elle est renforcée d'une certaine façon par les personnages et les héros des médias.

Qu'en est-il chez les garçons? Si on revient aux données de 1980, on observe que les pôles Soin et Action y étaient déjà repérables. Le pôle Enseignement-Recherche est plus net qu'il ne l'était à l'époque. Enfin apparaissent aujourd'hui deux secteurs professionnels tout à fait absents en 1980 : l'Humanitaire et l'Environnement, deux secteurs très médiatisés dans les deux dernières décennies. Dans la recherche de Marvaud, qui rappelons-le propose une liste de professions, on retrouve les mêmes préférences mais avec des évaluations plus nuancées et surtout les garçons évaluent très positivement de nombreuses professions qui sont périphériques dans le corpus spontané de nos propres sujets: ils donnent ainsi un score maximum à Pompier, Ingénieur, Informaticien, Electronicien. Mais le Sportif de haut niveau et le Pilote restent les professions favorites.

Comparons maintenant ces résultats avec ceux d'adolescents plus âgés. Nous avons procédé au même recueil méthodologique de données par question écrite ouverte, à des âges ultérieurs, 5ème, 4ème et 3ème, mais les données ne se prêtent plus à ce traitement des co-occurrences pour une raison simple: les sujets ne donnent la plupart du temps qu'une seule réponse. Les injonctions institutionnelles relatives à l'orientation en fin de collège et à la nécessité d'élaborer un projet semblent avoir raison de l'exploration gratuite du monde professionnel à laquelle se livrent les élèves plus jeunes. Leur jeu imaginaire gratuit se transforme progressivement, et peut-être prématurément, en une préoccupation sérieuse prise en charge par les équipes éducatives. Mais si on leur propose, comme l'a fait Marvaud en 3ème et en Terminale, une liste de professions à évaluer en fonction de leur attrait, une analyse des scores aboutit à la conclusion que les filles maintiennent toujours à un très haut niveau d'évaluation les professions de l'enfance, notamment Institutrice et Puéricultrice, auxquelles s'agrègent des professions pédagogiques ou médico-sociales telles que Educatrice spécialisée, Assistante sociale, Sage-femme, ou Psychologue, également très prisées. En revanche, elles renoncent largement aux préférences antérieures du pôle médiatique et des rêves de séduction et elles adhèrent à des secteurs plus diversifiés qui dépendent en Terminale de la filière dans laquelle elles sont scolarisées.

Chez les garçons, seule la profession de Pilote résiste au temps, en tête de l'évaluation, y compris en Terminale. Les autres résultats témoignent de l'adhésion à de nouvelles hiérarchies où dominent certaines figures, celles de l'ingénieur et du chercheur, ou certains secteurs, l'informatique et l'électronique, les valorisations dépendant, comme chez les filles, de leur filière scolaire.

Conclusion

Les deux arbres maximum de similitude exhibent le conformisme des préférences et confirment la structuration des préférences professionnelles. Ce conformisme, les jeunes adolescents le partagent quel que soit leur milieu d'origine: les professions des parents n'interviennent pratiquement pas dans les préférences, si ce n'est dans les professions périphériques, et plutôt chez les sujets de milieu favorisé, professions périphériques qui n'apparaissent pas dans les arbres de similitude. Parce qu'ils sont encore unis dans un même statut scolaire et qu'ils sont loin en 6ème des échéances effectives de l'orientation, ces jeunes adolescents expriment peu leurs différences sociales dont on verra pourtant très vite combien elles sont agissantes dans les préférences ultérieures. Ce qu'ils expriment est bien un imaginaire professionnel, mais un imaginaire sans imagination pourrait-on dire, stéréotypé, sexué et peu confronté aux exigences de la réalité. Ce conformisme polarise les préférences d’une part sur des valeurs ambiantes très médiatisées, la célébration des héros sportifs, de la mode et du spectacle et d'autre part, sur les valeurs altruistes du Soin ou de la petite enfance, traditionnellement attractives chez les filles et dont on voit ici un certain équivalent masculin avec les professions humanitaires et écologiques également très médiatisées par ailleurs.

L'âge et la réalité scolaire de l'orientation modifient certes ces stéréotypes, et plus chez les garçons que chez les filles. Les préférences des garçons, moins fortement crispées sur leur structure, apparaissent plus labiles et plus sensibles au contexte et aux informations extérieures. Chez les filles, la chaîne des professions de l'Enfance semble tenir l'univers des préférences professionnelles et assurer la fonction de noyau central de la représentation dont les psychologues sociaux ont élaboré la théorie, notamment Abric (1994): dans une conception structurale des représentations sociales, Abric suggère que la représentation est organisée autour d'un noyau central dont la fonction est structurante et qui gère le sens de l'ensemble des éléments de la représentation. Le noyau central est stable, il résiste au changement et ses éléments sont collectivement partagés. Et plus la structure est hiérarchisée, plus le noyau central est organisateur, résistant et prescripteur des conduites. Les éléments périphériques sont plus souples, plus sensibles aux influences extérieures et aux événements d'une histoire personnelle. Chez les filles donc, la chaîne des professions de l'Enfance, dont on peut penser qu'elle est à la fois psychologiquement construite dans les processus complexes d'identification et socialement renforcée dans les interactions, les jeux et les discours familiaux et scolaires, et dont on voit qu'elle résiste au contexte, explique peut-être la pérennité des préférences féminines.

D'autre part, que les préférences soient prestigieuses à cette période initiant le processus adolescent peut se comprendre comme nécessaire à la construction de l’identité et d’une estime de Soi autonome, et au maintien des images idéales de soi gratifiantes dans un contexte psychologique d'incertitude. L’irruption de la réalité scolaire, par la différenciation des niveaux de réussite, se chargera de différencier aussi les préférences professionnelles, ce qui conduira progressivement la plupart des adolescents des images idéales à l’examen des possibles - ou, pour le dire avec d'autres mots, du principe de plaisir au principe de réalité - et sauf à être dans une logique d’excellence où coïncident aspirations idéales et possibilités scolaires d’accomplissement, c’est une logique réaliste qui se mettra en place, avec ses renoncements et ses rationalisations.



auteur

Bernadette Dumora est Maître de Conférences en Psychologie à l’Université Victor-Segalen, Bordeaux 2 et Directrice de recherches en psychologie de l’orientation au sein du Laboratoire de Psychologie de l’Orientation à l’Institut National d’Étude du travail et d’Orientation Professionnelle (I.N.E.T.O.P.) à Paris.
Courriel: dumora@aol.com

notes

  1. Ce texte est paru dans Carriérologie, volume 7, no. 1-2, 1998.

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