carrierologie revue carriere
SOMMAIRE
RECOMMANDATION
PDF
 



Le centenaire de Carl Rogers
Actualité de son message personnaliste

 

André E. BOTTEMAN, directeur adjoint
D.Ps., membre de l'Équipe « Psychologie Sociale des Insertions » du Laboratoire de Psychologie
de l'Université Victor-Segalen, Bordeaux 2


C’est le thème choisi pour la 10e rencontre sur l’Approche centrée sur la personne et qui coïncidait avec le centenaire de la naissance de Carl Rogers le 8 janvier 1902.

Ce colloque s’est déroulé à Paris du 25 au 27 janvier 2002. Il réunissait plus d’une centaine de participants, venus de la France entière et de la Belgique, tous concernés à un titre ou à un autre par l’héritage de Carl Rogers : psychothérapeutes, psychologues, psychosociologues, pédagogues, formateurs, éducateurs, travailleurs sociaux, etc.

Dans son mot d’accueil à l’occasion de la cérémonie d’ouverture, André de Peretti, mandaté par le Collectif organisateur, a souhaité la bienvenue à tous ceux qui se connaissaient déjà et à tous ceux qui ne se connaissaient pas encore, partant du postulat rogérien que chaque personne présente n’est pas la même qu’avant et que nous passerions notre temps à nous redécouvrir les uns et les autres, y compris nous-mêmes, dans l’optique de la créativité telle que nous la recommande Nathalie Rogers. Le programme de cette rencontre, dit-il, constitue une manière d’être ensemble, de se retrouver et de se découvrir les uns et les autres, sans grades et sans gradins (et surtout sans « gratin »),  afin d’être dans des positions d’échanges et de communications les plus larges possible. André de Peretti présente ensuite ceux qui ne sont pas là mais qui le sont de cœur et d’esprit : Marcel Tourrenc, Gay Barfield-Swenson, Alexandre Lhotellier qui rappelle, dans une lettre, que l’écoute n’est pas anodine, qu’elle nous transforme autant que l’interlocuteur ; écouter signifie trop souvent arrêter l’interlocuteur, son expression, par une réponse rapide. Enfin et surtout Nathalie Rogers, la fille de Carl, spirituellement présente, qui joint à sa lettre un texte qu’elle autorise à présenter et à diffuser à l’occasion de ce colloque.

André de Peretti présente ensuite deux invités, dont certains sont bien connus des participants. D’abord Brian Thorne qui a la particularité, pour un Britannique, d’être également linguiste et d’avoir enseigné le français et l’allemand et qui a publié un excellent ouvrage « Comprendre Carl Rogers » (1994), malencontreusement épuisé. André de Peretti a rencontré pour la première fois Brian Thorne lors de l’atelier (workshop) mémorable, organisé par Charles Devonshire, Ph.D. (1928-1999), en Espagne en 1978. Depuis lors toute une série de développements et de rencontres se sont faits avec l’un de ces paradoxes qui veut que la mise en œuvre des principes de l’Approche Centrée sur la Personne, quoique de plus en plus étendue, se soit faite tacitement sans qu’on en parle beaucoup. Ainsi se vérifie cette situation caractéristique, paradoxale, dans nos pensées, à la fois de présence et d’absence de Carl Rogers. Ensuite, André de Peretti salue la présence de Peter Schmid, qui, après avoir travaillé avec Carl Rogers, dans les années quatre-vingts mène une action importante en Autriche et en Europe concernant la formation à l’Approche Centrée sur la Personne. Un article paru dans « Mouvance rogérienne » (Schmid, 2001) restitue bien sa réflexion et sa pratique : la personne ressort de tous les rôles et de toutes les rencontres par lesquels elle se modèle et se transforme pour devenir de plus en plus elle-même. Chaque rencontre est une chance de devenir aussi nous-mêmes.

Comme toujours, lorsqu’il s’agit de faire les présentations, André de Peretti estime qu’elles ne constituent que des mini-approximations ! D’ailleurs la présentation de nous-mêmes est déjà bien difficile et la plupart du temps nous pouvons dire que chacun d’entre nous est « imprésentable » ! Mais dans le mot présentation, il y a présence, et  « une présence n’est pas quelque chose de fugitif et de glissant, c’est un être qui nous attend et qui demeure » (Buber, 1923), sans curiosité, mais avec cette prise de conscience que dans le dialogue « entre le Je et le Tu, il n’y a ni buts, ni appétit, ni anticipation » (Buber, ibid.). Le dialogue ne doit donc pas être figé dans un objectif, une intention, mais être une aventure, une chance, une possibilité de rencontre. Ce sont un  Je et Tu et non un Je et Cela qui se rencontrent : « je m’accomplis au contact du Tu, je deviens Je en disant Tu » (Buber, idid.). Pour Mounier  « Le Tu , et en lui le Nous, précède le Je ou au moins l’accompagne » (Mounier, 1969, p.38). Et c’est ce que je puis vous souhaiter : qu’il y ait créativité, croissance, rencontre …peut-être ?

En terminant, André de Peretti juge bon de rappeler que la solution de la totalité des problèmes du monde ne sera pas trouvée à la fin de cette rencontre. Certains d’entre nous s’y attendent, dit-il, avec la générosité qui les caractérise. Nous croyons que tout est toujours possible ; mais le paradoxe, c’est que l’axe du monde ne sera pas changé, et pourtant le peu que nous ferons sera toujours mieux que n’importe quoi et déjà beaucoup pour le rendre meilleur ! Ce que chacun d’entre nous est venu chercher ici il le trouvera parce qu’il l’a déjà en lui potentiellement, selon le mot de Pascal :  « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

Les ateliers proposés lors de cette 10e rencontre ont permis de concrétiser les souhaits du Collectif organisateur : favoriser des rencontres authentiques, sans fard, sans apprêts, dans l’optique du « être ce que je suis », selon l’expression de Carl Rogers (1970, p.39). En voici l’énumération :

  • Vivre le paradoxe et la complexité dans les situations conflictuelles.
  • La guerre et la paix hors de soi et en soi.
  • L’accueil et la clarification de conflits relationnels avec l’approche centrée sur la personne : expérience et théorie.
  • Actualité des trois attitudes à partir du corps.
  • Vivre sa personne, vivre son clown.
  • Groupe d’échange sur le terrorisme.
  • A la recherche de son authenticité.

références

BUBER, M. (1923). Ich und Du. Je et Tu, traduit de l’Allemand par G. Bianquis. Paris : éditions Aubier, 1969, p.29, 30, 31, 32.

MOUNIER, E. (1969). Le personnalisme. Paris : Collection « Que Sais-Je ? », n° 395, Presses Universitaires de France.

ROGERS, C. (1970). Le développement de la personne. Trad. par E.L.Herbert. Paris : Dunod (nouveau tirage de l’édition de 1968).

SCHMID, P. (2001). Interpellation et réponse à la Psychothérapie centrée sur la Personne : une rencontre de personne à personne. Trad. par Odile Zeller, relu par Jean-Marie Priels. Mouvance rogérienne, n° 24.

THORNE, B. (1994). Comprendre Carl Rogers. Toulouse : éditions Privat.

 

Volumes et numéros | Engin de recherche | Utilisateurs | Qui sommes-nous? | Abonnement

 

 

© Seules sont autorisées les utilisations à des fins de consultation, de recherche et de critique. Seules des reproductions d’extraits sont autorisées pour publication. Ces reproductions doivent comporter les références bibliographiques usuelles.