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QUELQUES « POINTS SENSIBLES » D’UN
INVENTAIRE D’INTÉRÊTS PROFESSIONNELS

 

Alain PAINEAU, psychologue du travail


auteur

résumé/abstract

Cet article s’adresse à la fois aux utilisateurs d’inventaires d’intérêts professionnels en leur fournissant une « grille de lecture » des manuels accompagnant ces inventaires et aux candidats à la construction d’inventaires d’intérêts professionnels auxquels il signale quelques « points de vigilance » et choix cruciaux lors de la construction de l’instrument. Ce court article n’a ni l’ambition de couvrir la totalité du sujet, ni celle de montrer une « voie unique » pour construire un inventaire d’intérêts. Il reflète probablement assez largement la conception de son auteur face aux divers points abordés et, à ce titre, est bien entendu soumis à la discussion.

contenu

Introduction

Aux candidats à la construction d’un inventaire d’intérêts professionnels
La première question
Objectifs
Identifier les références théoriques les plus appropriées au projet
Les points sensibles des étapes préparatoires

Considérations préliminaires
L’approche éducative en orientation
Différences entre les sexes

Les stéréotypes et le prestige social

Attrait ou popularité des échelles et des items

Listes de métiers

Réponses systématiques

Construction d’un inventaire d’intérêts professionnels
Étapes préliminaires
La construction proprement dite

Validation d’une version provisoire

Le matériel de l’épreuve

L’utilisation de l’épreuve

Le manuel de l’épreuve

Conclusion


Introduction

Cet article s’adresse en premier lieu aux utilisateurs d’inventaires d’intérêts professionnels en leur fournissant une « grille de lecture » des manuels accompagnant ces inventaires. En effet, il leur permettra de repérer dans ces manuels quels points ont été explicitement abordés par l’auteur et quels choix ont été effectués, que ceux-ci soient explicités et justifiés, ou non.

Il s’adresse aussi aux candidats à la construction d’inventaires d’intérêts professionnels. Le premier point leur est consacré. Ce court article n’a pas l’ambition de couvrir la totalité du sujet (on se reportera à la bibliographie). Nous ne nous poserons pas ici en expert montrant la « voie unique » pour construire un inventaire d’intérêts. Nous nous efforcerons plutôt de faire part des résultats de nos recherches et de notre expérience sur le sujet.

Les points suivants concernent les deux types de lecteurs. Les thèmes de la construction et de l’utilisation sont associés dans cet article : on ne construit un inventaire d’intérêtsprofessionnels qu’en fonction d’une utilisation déterminée ; on n’utilise un inventaire d’intérêts professionnels que s’il a été construit pour l’usage qu’on entend en faire.

Terminologie utilisée : le type d’épreuve psychologique auquel nous nous intéressons ici se rencontre sous les dénominations de « questionnaire » ou « inventaire » d’intérêts(professionnels). Le questionnaire visant à inventorier les intérêts, nous utiliserons le terme « inventaire », que par ailleurs nous préférerons au terme « test », ici inapproprié, même si la construction de l’inventaire repose sur la méthodologie de construction des tests.

Aux candidats à la construction d’un inventaire d’intérêts professionnels

La première question

Il existe un certain nombre d’inventaires ou questionnaires d’intérêts professionnels et on suppose que le candidat à la construction d’une nouvelle épreuve de ce type dispose d’une bonne connaissance de ceux-ci. Dès lors, la première question à se poser est : pourquoi en construire un nouveau ? La réponse à cette question permettra de répondre à la question suivante - celle des objectifs - ou conduira à renoncer au projet.

Objectifs

Comme dans tout projet, la première chose à faire est de déterminer l’objectif et les sous-objectifs visés par l’inventaire. On veillera à la cohérence des sous-objectifs avec l’objectif et à celle des sous-objectifs entre eux. Il peut être nécessaire de renoncer à certains des sous-objectifs afin d’éviter des contradictions. C’est à ce stade qu’il convient de définir le contexte d’utilisation de l’instrument : public visé, domaines d’utilisation, type(s) de démarche(s)1 dans le cadre de laquelle (desquelles) sera utilisé l’instrument, qualification des utilisateurs, etc.

Les objectifs et sous-objectifs constituent le cadre de référence par rapport auquel seront effectués les choix face aux différents points sensibles.

Identifier les références théoriques les plus appropriées au projet

La psychologie des intérêts professionnels a suscité de nombreux travaux depuis environ 80 ans. Les références théoriques les plus appropriées au projet sont celles qui se trouvent être les plus conformes aux objectifs visés.

Les points sensibles des étapes préparatoires

Un certain nombre de points sensibles de la construction d’un inventaire d’intérêts professionnels vont être examinés dans les points suivants de manière analytique. Toutefois, le constructeur d’une épreuve de ce type est amené à effectuer ses choix méthodologiques dans une perspective systémique, tant les interactions entre les divers choix sont nombreuses. En d’autres termes, la cohérence de chaque choix avec tous les autres doit être examinée, quitte à remettre en cause des choix précédents afin de préserver la cohérence d’ensemble.

Considérations préliminaires


L’approche éducative en orientation

Les pratiques des conseillers d’orientation-psychologues - les premiers utilisateurs des inventaires d’intérêts - se sont progressivement modifiées, pour se transformer de « conseil en orientation » en « éducation à l’orientation ».

Si les inventaires d’intérêts continuent à être utilisés dans ce nouveau contexte, ils ne le sont plus de la même manière. « Cette évolution a des conséquences sur les exigences en matière de validité, elle met au premier plan la question de la restitution des résultats et de leur appropriation par les sujets, enfin, elle établit une continuité entre l’observation et l’intervention » (Huteau, 2001, p. 263) et dans cette perspective « l’application de questionnaires d’intérêts peut être un moyen de favoriser le développement de la maturité vocationnelle. Ils permettent notamment de favoriser la réflexion sur soi, donc, à terme, on peut l’espérer, la connaissance de soi » (op. cité, p. 264). Le constructeur d’un inventaire d’intérêts doit en tirer les conséquences. Si, à l’évidence, les résultats, dont leur présentation et leur intelligibilité, s’inscrivent pleinement dans une perspective de développement de la maturité vocationnelle, l’épreuve elle-même, par sa forme, peut également y contribuer.

Différences entre les sexes

Les intérêts constituent une des variables psychologiques qui différencient le plus les deux sexes. « Parmi les principales dimensions de la personnalité, ce sont essentiellement les intérêts qui mettent en évidence les différences les plus fortes entre les sexes ; l’importance et la constance du phénomène s’avèrent indépendantes des populations, du niveau de vie des régions, des systèmes scolaires, des instruments utilisés, etc. » (Dupont, 1987, p. 522).

Cette caractéristique est liée aux « rôles de sexe » et « normes sociales de sexe » (Marro, 1998, pp. 39-50). Ces « rôles de sexe » consistent en « des modèles organisés de conduites assignés dans une société donnée, à l’ensemble des individus appartenant à l’un ou l’autre sexe que celle-ci reconnaît. Ces rôles de sexe interviennent très précocement et quotidiennement dans notre socialisation, via les stéréotypes de sexe. Ils renvoient à la fois à des caractéristiques psychologiques qu’il convient de présenter suivant le sexe auquel nous a assigné l’État Civil et, en continuité, à des activités censées être appropriées spécifiquement à chacun des deux sexes ». Elle renvoie donc à un construit social et culturel plus qu’à des différences liées à une nature féminine et une nature masculine, véhiculé par les stéréotypes de sexe (Vouillot, 2001, pp. 524-527) qui en tire pour conséquence la proposition « d’éduquer à la mixité de l’orientation », approche qu’elle illustre de propos de F. Héritier (Le Monde de l’éducation, juin 2000) : « [...] Nous transportons avec nous des modes de pensée et d’action sur lesquels nous ne songeons jamais à nous interroger et qui fonctionnent comme s’ils allaient de soi. Ce fonctionnement nous a été inculqué à travers les gestes, les paroles, les attitudes, les comportements de nos parents, des adultes en général, relayés par tous les messages et signaux explicites et implicites du quotidien. [...] ».

Face à cette situation à laquelle se trouve confronté l’auteur d’un inventaire d’intérêts, Dupont estime que « Chaque inventaire doit comprendre à la fois suffisamment d’items « communs », également attractifs pour les deux sexes et d’items spécifiques attirants tant pour les uns que pour les autres, tout en élaborant, à partir des résultats recueillis, plusieurs étalonnages différents (filles, garçons, ensemble), ce en vue d’interpréter les résultats d’un individu particulier en le situant sur les différents étalonnages » (Dupont, 1987, p. 523).

L’utilisation de deux formes, l’une masculine, l’autre féminine, constitue une alternative à la proposition de Dupont. En 1981, Larcebeau (p. 11) écrivait « au fil des années se précisait l’inconvénient de l’application de questionnaires d’intérêts différents pour les garçons et pour les filles, dans des classes devenues mixtes pour la plupart », tout en soulignant, en référence à la différenciation selon le sexe de cette variable, que « il paraissait donc difficile de construire un instrument unique qui permette d’évaluer aussi bien les intérêts des adolescents de l’un ou l’autre sexe en ne dépassant pas une longueur raisonnable ».

Aujourd’hui, la plupart des inventaires existent sous une forme informatisée, le cahier d’items (bleu pour les garçons et rose pour les filles !) a disparu : c’est le logiciel qui détermine la forme à soumettre au consultant et se réfère à l’étalonnage correspondant (le conseiller doit toutefois vérifier que le consultant a répondu à la forme appropriée : dans le cas contraire, le protocole est invalide).

Les stéréotypes et le prestige social

Les stéréotypes

Pour Holland, les individus expriment en termes de stéréotypes leurs représentations du monde professionnel. Le Professeur Bonnardel, dans son adaptation française de l’inventaire de Rothwell-Miller, affirmait que « Il est possible pour un stéréotype d’être relativement exact ou presque complètement erroné » et illustrait cette affirmation par deux exemples : « le stéréotype du caissier de banque en tant qu’évoquant un emploi sédentaire, la manipulation d’argent et de chiffres, etc., peut être relativement exact. Mais l’idée répandue que le métier d’hôtesse de l’air est plein d’agréments et de fascination, a peu de rapport avec la préparation des repas et les soins aux passagers ressentant le mal de l’air, etc., qui - en réalité - constituent le travail réel. ».

Une explication est fournie par « la théorie du noyau central, qui permet de cerner la structure stable d’un métier face aux éléments périphériques » (Botteman, 2000b, p. 44), le choix reposant sur les seconds dans l’exemple qui précède. Cet auteur ajoute que l’utilisation de noms de métiers (dans un inventaire d’intérêts) « recèle le risque d’un glissement vers des éléments périphériques d’une activité professionnelle ou vers une perception inexacte du noyau central de celle-ci ».

Le prestige social ou allocation de position sociale

Dans le système de représentations sociales, les différents métiers correspondent à des allocations de position sociale diverses et hiérarchisées. Dans un inventaire d’intérêts, un des choix que doit effectuer l’auteur est de travailler sur l’expression stéréotypée ou de concevoir des items de telle sorte qu’ils soient choisis au titre de l’échelle qu’ils sont censés évoquer et non pas parce que le métier correspondant bénéficie d’une image sociale favorable.

Attrait ou popularité des échelles et des items

Larcebeau (1981, pp. 22-24) a défini un « indice d’attrait global » (indice de tendance centrale), en s’intéressant principalement aux valeurs de cet indice pour les échelles de l’instrument (le Q.I./m 4,3,2) et la différenciation des résultats selon le sexe. Closs et al ont eux défini un indice de popularité pour chacun des items (des activités professionnelles en l’occurrence) et pour chaque sexe. On observera que, selon la méthode retenue pour l’expérimentation, ces indices peuvent aller, en ce qui concerne les items, d’un simple classement sur quelques positions, jusqu’à une évaluation quantitative.

Nos propres travaux (Paineau, 1990), permettant une évaluation quantitative pour chaque item, ont montré l’intérêt d’effectuer une telle mesure sur les items, particulièrement face à l’évaluation de la pertinence de ceux-ci et dans la perspective d’associer des items de base dans les items de l’inventaire :
- le score de réponses « oui » (les modalités de réponse étant « oui », « non » ou « je ne sais pas ») obtenu par une activité est considéré comme « indice de popularité » de cette activité pour le sexe correspondant ;
- les items obtenant un score particulièrement faible ou élevé dans l’échelle considérée ont été examinés et un certain nombre d’entre eux éliminés (ceci n’a toutefois constitué qu’un des critères de sélection des items) ;
- le mode de réponse retenu étant la comparaison par paire avec choix forcé, les paires d’activités ont ainsi pu être constituées de telle sorte que la différence de popularité entre activités appariées soit aussi réduite que possible, afin que le choix de l’item s'applique plus à l’échelle correspondante qu’à l’item le plus « populaire » chez les répondants du sexe considéré.

Liste de métiers

Lorsque le manuel de l’inventaire comporte une liste de métiers, celle-ci est souvent destinée à illustrer le contenu des échelles. Elle peut aussi constituer un ensemble de « pistes à examiner » selon le profil d’intérêts du consultant.

Certains de ces instruments s’inscrivent dans le courant de « l’appariement de profils » (ou systèmes analogiques). L’idée de base de ces outils consiste à décrire les caractéristiques des individus et celles des métiers dans les mêmes termes de façon à pouvoir les mettre en relation ou à calculer des distances par comparaison de profils. « Fondés sur les théories traits-facteurs [...], ils visent à apparier un profil décrivant l’individu et un profil décrivant un métier » (Guichard et Huteau, 2001, p. 269), qui relèvent qu’il y a « beaucoup d’arbitraire dans les règles qui président à la description des individus, des professions et à leur mise en correspondance. Dans ces conditions, il n’est pas très surprenant que des systèmes analogiques différents proposent à un même individu des métiers n’ayant apparemment pas grand chose en commun » (op. cité, p. 272).

Ce type d’outils reçoit diverses critiques, et en particulier :
- ils reposeraient sur une conception erronée de l’orientation selon laquelle il existerait un bon choix à l’exclusion d’autres choix a priori moins pertinents ;
- ils délivreraient des profils figés qui peuvent faire croire à un déterminisme simpliste.

En tout état de cause, et quelle que soit la qualité de la liste de métiers (ce point nécessiterait un article à lui tout seul), on soulignera le danger d’une production « automatique » (informatisée) de LA liste des métiers correspondant au profil du consultant : elle néglige deux aspects essentiels (parmi d’autres) de l’utilisation de l’inventaire d’intérêts : l’évaluation de la validité du protocole et l’interprétation du profil, deux tâches pour lesquelles un logiciel informatique, aussi bien conçu soit-il, ne saurait, de notre point de vue, se substituer au psychologue.

Réponses systématiques

Une des difficultés pour tout questionnaire consiste à se prémunir, autant que faire se peut, des réponses systématiques, que l’on peut définir comme découlant d’une tendance à donner un certain type de réponse à un item sans rapport avec le contenu de cet item. Les causes en sont multiples : tendance à l’acquiescement ou à la dénégation ; désirabilité sociale (tendance à répondre aux items en fonction de leur valeur sociale) ; effet de la position de l’item ; influence des stéréotypes ou du statut social évoqué par l’item ; etc.
Ces causes sont diverses, ne sont pas passibles du même traitement, ne sauraient probablement être totalement neutralisées, quelle que soit l’attention que leur porte le constructeur de l’épreuve. Au moins doit-il tenter de s’en prémunir le plus largement possible à travers les différents choix qu’il effectuera : nature des items ; évaluation des items (expérimentation) ; structure du questionnaire ; indices de validité ; etc.
On notera toutefois que l’expérience montre que les inventaires d’intérêts sont généralement bien acceptés par les consultants et bénéficient le plus souvent d’une bonne coopération de leur part.

Construction d’un inventaire d’intérêts professionnels

Étapes préliminaires


Déterminer les échelles de l’inventaire

Cette détermination dépend des références théoriques retenues.
Elles peuvent être celles d’un modèle existant ou conçues spécifiquement si les objectifs visés le requièrent. Elles peuvent être déterminées a priori ou résulter de l’analyse des résultats d’une recherche empirique (analyse factorielle...). Dans tous les cas, leur contenu doit être explicité.

Pour les instruments préexistant au modèle de Holland, Huteau (2001, p. 260) indique que « Certes, le nombre et la nature des dimensions mises en évidence varient d’un auteur à l’autre, mais on retrouve quand même toujours, éventuellement après regroupement, à peu près les mêmes dimensions. Les désaccords sont secondaires et l’on peut facilement en détecter les sources : différences dans l’échantillonnage des items, différences dans les méthodes d’analyse et dans le choix des critères permettant de définir des dimensions plus ou moins larges ».

Le succès de la théorie de Holland, que Huteau (2001, p. 263) qualifie de « phénoménal », peut inciter à s’appuyer sur les six types définis par cet auteur. On notera toutefois qu’il a été relevé à différentes reprises (et notamment Dupont, 1987, p. 519) que certaines de ces dimensions étaient trop larges et ne différenciaient pas suffisamment des catégories d’intérêts pourtant largement éprouvées par ailleurs : « Certains types, en effet, correspondent à des regroupements beaucoup trop vastes ; couvrant un champ professionnel très étendu, ils englobent des « dimensions » fondamentales, vraiment hétérogènes ; c’est le cas du type réaliste qui comprend à la fois tout le monde du « plein air » et tout le monde « mécanique » (ou technique-pratique) ; considérés d’un point de vue rationnel - et même empirique - ces deux mondes ne relèvent pas d’une même catégorie ; il y a donc lieu de les différencier dès l’origine, comme l’a fait Kuder ». On pourrait prolonger cette remarque : ne serait-il pas pertinent de segmenter le « monde technique-pratique » ? Etc.

Ce sont les objectifs visés par l’inventaire qui guideront la segmentation retenue. C’est l’expérimentation qui permettra d’évaluer la pertinence des choix effectués. Le schéma ci-après présente les échelles de divers inventaires d’intérêts, resituées par rapport au modèle de Holland et, à titre d’exemple, leur regroupement dans une structure intermédiaire (l’inventaire Aid’Orient’).

Choix de la nature des items

Le premier niveau de choix est celui d’items verbaux ou non verbaux (photos, vidéos...).

Items non verbaux

Les items non verbaux ouvrent l’épreuve à des répondants illettrés, analphabètes ou ne maîtrisant pas la langue du pays. En revanche, qu’ils évoquent bien pour des sujets divers ce qu’ils sont censés devoir évoquer, est généralement considéré comme plus difficile à obtenir qu’en ayant recours à des items verbaux.

Le lecteur souhaitant étudier ce sujet pourra s’intéresser notamment aux travaux suivants :
- L’inventaire visuel d’intérêts professionnels (IVIP) (Gingras, Dupont, et Tétreau, 2000, pp. 442-443) vise « des personnes inscrites ou susceptibles de s’inscrire à des programmes d’alphabétisation, de préparation à l’emploi ou d’insertion sociale et professionnelle, des individus qui ne possèdent pas un diplôme menant à une spécialisation ou qui sont en situation d’échec ou de décrochage scolaire, des jeunes qui éprouvent des problèmes d’adaptation et d’apprentissage, des chômeurs de longue durée, des immigrants ou toutes autres personnes aux prises avec des difficultés d’intégration professionnelle comme les prisonniers, les handicapés physiques ou mentaux, les femmes de retour sur le marché du travail ». Il comporte 7 échelles et 80 photographies en couleurs illustrant principalement des activités professionnelles non spécialisées ou semi-spécialisées.
- L’épreuve visuelle d’intérêts (cf. Sontag, 2000, p. 456) est destinée à des consultants non francophones ou de faible niveau linguistique ou de bas niveau scolaire. Cet instrument existe sous quatre formes : photographies couleurs, diapositives, bande vidéo, cédérom. Des consignes sont disponibles en plusieurs langues, sous forme audio.

Items verbaux

Nous nous intéresserons, dans la suite de cet article, exclusivement aux items verbaux.

Si l’on choisit des items verbaux, on peut les puiser dans diverses catégories, telles les suivantes qui ont été utilisées dans divers instruments.

Catégories Avantages Inconvénients
Noms de métiers ou de professions Validité apparente Évocateurs de stéréotypes et d’allocation de position sociale
Activités professionnelles - Peuvent permettre de maîtriser assez largement les effets des stéréotypes et de l’allocation de position sociale (sous certaines conditions présentées plus loin).
- Face à un public jeune, lui font découvrir des activités qui lui étaient inconnues et suscitent une réflexion concrète face au choix professionnel.
- Validité apparente
Exigence de la formulation de ces activités pour qu’elles soient évocatrices et pertinentes pour le public visé
Activités de loisirs Confèrent à l’épreuve un aspect ludique - Face à un public jeune, ne contribuent pas à la découverte de la réalité professionnelle.
- Absence de validité apparente
Activités diverses Soigneusement choisis, ces items sont compréhensibles par tout public - Face à un public jeune, ne contribuent pas à la découverte de la réalité professionnelle.
- Faible validité apparente
Secteurs d’activité professionnelle Évocateurs du monde professionnel (ou plutôt des représentations qu’en possède le sujet). Items probablement trop abstraits pour des jeunes
Branches scolaires Appropriés à la recherche des moyens de concrétiser le projet en cours d’élaboration (sous la réserve de la connaissance de ce que recouvrent les intitulés) Déconseillés face à un public en difficulté scolaire
Intitulés de formation
Traits de personnalité ou de comportement Élargissent l’investigation psychologique Probablement plus un complément éventuel que des items centraux d’un inventaire d’intérêts

Validité apparente (face validity) : les sujets testés considèrent le test comme pertinent et approprié à la situation. C’est d’une importance limitée au plan psychométrique mais présente un certain intérêt pratique : aide à établir une relation de confiance et de collaboration entre le sujet testé et l’évaluateur, ainsi qu’un effet indirect : l’acceptation du test par la personne qui le passe peut augmenter - par voie de conséquence - la fidélité (Bartram, p. 88).

Un des débats ouverts est celui du choix des items entre noms de métiers ou activités professionnelles. On notera qu’une troisième voie a été ouverte, notamment par Botteman et al, 2000a (pp. 83-92), que résument les citations suivantes : « Nous avons construit deux versions expérimentales [...]. Les résultats obtenus ne sont pas équivalents. La forme N (noms de professions) semble plus sensible aux variations socioculturelles ; la forme D (descriptions d’activités) est en relation plus étroite avec les intérêts exprimés. [...] A la base de cette recherche, il y a la problématique de l’utilisation de descriptions d’activités ou de noms de métiers dans l’élaboration d’un inventaire d’intérêts. Des auteurs aussi célèbres que Frederic Kuder qui, depuis plus de 50 ans, se sont consacrés à la construction d’inventaires d’intérêts, déconseillent l’utilisation de noms de professions. D’autres, comme Kenneth Miller, qui a révisé l’inventaire de Rothwell (Miller, 1958), opinent pour l’utilisation de noms de professions. [...] Nous avions nous-mêmes opté pour l’utilisation des deux formules [descriptions d’activités et noms de métiers] dans notre Relevé d’Intérêts Professionnels (RIP) (Botteman, Forner, Sontag, 1997), et la présente recherche avait pour but de vérifier si notre décision était justifiée. Au terme de cette étude, nous pensons qu’elle l’était effectivement, car les formes D et N, utilisées séparément, apparaissent moins fiables que la forme totale ».

Nous ne discuterons pas ici les confiances respectives à accorder aux intérêts inventoriés et exprimés, mais noterons simplement que le débat sur le choix de la nature des items reste ouvert...

La construction proprement dite

Production des items

Le mode de production ou collationnement des items est variable selon la nature de ceux-ci.

Le nombre d’items requis est fonction :
- du nombre d’items requis par le questionnaire, en fonction du nombre d’échelles, du nombre d’items par échelle, du mode de réponse et de la structure du questionnaire ;
- en cas d’expérimentation destinée à évaluer les items, du taux de sélection déterminé : il faudrait tester au moins deux fois plus d’items que n’en nécessite la version définitive (Dupont, 1978, p. 78 ; Kline, p. 103).

Contraintes de sélection ou de formulation des items

Quelle que soit la nature des items, ceux-ci doivent être adaptés au public visé. Le travail à effectuer à cette étape varie selon la nature des items. Pour les items de types noms de métiers ou de professions, secteurs d’activité professionnelle, branches scolaires ou intitulés de formation, le travail consiste essentiellement en une sélection. Les activités professionnelles, activités de loisirs ou activités diverses, nécessitent un travail de (re)formulation en vue de l’adaptation au public visé.

Dans les deux cas, seul le test auprès d’un échantillon représentatif du public visé permettra de s’assurer que les items sont réellement adaptés à celui-ci. Dans le cas particulier de l’utilisation des activités professionnelles dans un inventaire destiné aux jeunes, des précautions doivent être prises : il s’agit d’un public disposant d’une information limitée et approximative sur le monde professionnel ; les répondants doivent le plus souvent imaginer ce qu’évoque l’activité, plutôt que de se souvenir de quelque chose de connu, aussi convient-il de minimiser deux risques :
- solliciter l’imagination du répondant au-delà de sa capacité à imaginer sur la base de la proposition présentée et de sa connaissance limitée des métiers ;
- entraîner de tels efforts d’imagination que l’épreuve devienne fastidieuse pour le répondant, qui alors répond n’importe quoi ou abandonne la poursuite de celle-ci.

Chaque activité proposée doit être aussi signifiante que possible pour le répondant, et sa signification doit être aussi univoque que possible. En outre, choisir des activités professionnelles plutôt que des noms de métiers ou de professions, ne suffit pas à se prémunir des effets des stéréotypes ou d’allocation de position sociale. La formulation des items doit être effectuée en accordant une attention constante à ces risques, afin que les choix s’appliquent bien aux activités elles-mêmes, et donc aux catégories d’intérêts auxquelles celles-ci correspondent.

L’effet des « mots inducteurs2 » dans la formulation d’activités

A titre d’exemple, dans l’expérimentation d’Aid’Orient’, on observait que l’item « Établir des statistiques dans différents domaines » obtenait un score faible pour l’échelle correspondante et avait suscité de nombreuses questions du type « statistiques, qu’est-ce que ça veut dire ? » (mot incompris : item inadapté au public). L’item « Tenir des statistiques avec un micro-ordinateur » obtenait lui un score extrêmement élevé pour l’échelle et ne suscitait pas de questions (effet d’un « mot inducteur », ici « micro-ordinateur » : item à éliminer). A l’inverse, certains items avaient déclenché quelques réactions négatives et/ou obtenaient un score particulièrement faible par rapport aux autres items de la même échelle.

On observera que ce qui précède illustre à la fois l’intérêt :
- d’un indicateur tel celui de « popularité » proposé ici ;
- de ne pas limiter l’observation aux seuls scores lors d’une expérimentation, mais aussi à des éléments de nature plus qualitative ;
- du recoupement entre informations quantitatives et qualitatives.

On sera attentif à l’éventuelle présence de « mots inducteurs », tant lors de la production des items, que lors de l’expérimentation.

Affectation des items aux échelles

Celle-ci peut découler, par exemple, de l’analyse des résultats d’une analyse factorielle. Dans le cas d’échelles définies a priori, l’auteur de l’inventaire peut effectuer cette affectation en s’appuyant sur son jugement personnel. Il peut aussi s’appuyer sur des jugements d’« experts » disposant d’une bonne connaissance de la psychologie des intérêts et du public visé, en leur soumettant les items pressentis pour l’épreuve et en accompagnant ce questionnaire d’informations sur le projet auquel ils vont participer et de consignes précises. La fiabilité des réponses dépend de la compétence par rapport au sujet et de l’implication des « experts » associés à l’expérimentation, mais aussi de la rigueur du protocole défini et de la communication sur ce protocole afin qu’il soit bien compris et appliqué correctement.

Test des items

Les items peuvent être testés par des « experts » comme ci-dessus. Ils peuvent aussi être testés auprès d’un échantillon représentatif du public visé. Cette seconde façon de procéder est certes plus lourde, mais peut fournir des informations plus riches sur les items en général et sur chaque item en particulier.

Cette opération nécessite de définir cet échantillon - qui doit être aussi représentatif que possible de la population visée (âge, sexe, niveau...) - et de trouver le terrain d’expérimentation.

Un protocole d’expérimentation doit être élaboré ainsi que des consignes (claires, simples et elles-mêmes testées) correspondantes (standardisation, afin que les résultats soient comparables). L’expérimentation peut viser uniquement un recueil d’informations quantitatives ou viser également la collecte d’informations qualitatives. « La valeur d’un bon test psychologique du point de vue de la mesure [...] est sa capacité à bien discriminer les sujets » (Kline, p. 105). Les items qui ne satisfont pas à ce principe devront être éliminés.

L’indice de popularité

Lorsqu’on soumet un ensemble d’items à un échantillon en proposant un choix binaire (oui/non : j’aimerais, je n’aimerais pas faire, ce métier, cette activité...) face à chaque item, on observe que les indices de popularité, mesurés approximativement par le score de réponses « oui » (on peut aussi analyser les rejets) se différencient à la fois selon les échelles et selon le sexe. Cette information présente un double intérêt :
- elle permet de s’assurer que les items envisagés offrent des résultats concordants avec ce à quoi on peut s’attendre compte tenu des acquis de la psychologie des intérêts ;
- elle permettra « d’équilibrer » les éléments du questionnaire, en associant des items de popularité aussi proche que possible, afin que le choix soit guidé plus par l’échelle qu’évoque l’item que par la popularité de celui-ci dans la population considérée.

Une forme unisexe ou une forme masculine et une forme féminine ?

Il a été rappelé que les intérêts professionnels constituent une des variables psychologiques qui différencient le plus les deux sexes. Dès lors, se pose la question du choix entre une forme unisexe ou une forme masculine et une forme féminine.

Selon la nature des items, la situation est différente. Leur forme peut être unique (secteurs d’activité professionnelle, branches scolaires, intitulés de formation, par exemple). Elle peut être plus connotée comme typiquement masculine ou féminine (noms de métiers ou de professions, activités professionnelles, par exemple). Les items doivent alors être analysés séparément pour chaque sexe. On observera que la construction d’une forme unique nécessite un grand nombre d’items à tester, afin de pouvoir écarter ceux qui seraient satisfaisants seulement pour l’un des deux sexes (Kline, p. 110). Le score d’un item à connotation « masculine » entraînera généralement un score faible chez les filles, et inversement. De même, un item « unisexe » entraînera généralement un score différent chez les garçons et chez les filles.

La question se pose aussi en ce qui concerne la détermination des échelles de l’instrument. Nos propres travaux (Paineau, 1993, chapitre II, p. 31) ont montré que l’instrument étudié aurait probablement gagné quelque peu d’efficacité en le construisant avec un nombre différent d’échelles selon le sexe (10 pour les garçons et 9 pour les filles). Toutefois, disposer de deux versions structurées différemment aurait entraîné, de notre point de vue, plus d’inconvénients que d’avantages, notamment dans la perspective d’une classification de métiers sur la base des échelles de l’instrument.

Choix du mode de réponse

Le mode de réponse doit répondre à des exigences qui peuvent être contradictoires :
- il doit être adapté au public visé ;
- il doit être adapté aux exigences de l’auteur en termes de caractéristiques métriques.

Une attention particulière doit être accordée face à ce choix dans le cas d’un public jeune et/ou de niveau faible. La passation de l’épreuve entraîne le répondant dans une démarche exigeante (une démarche rationnelle, peu habituelle ; un objet qu’il connaît très mal : le monde professionnel ; un enjeu important et qu’il peut percevoir comme tel), aussi paraît-il souhaitable de ne pas soumettre ce répondant à des consignes de réponse trop compliquées, afin qu’il se centre sur la tâche qui lui est assignée : s’exprimer sincèrement et spontanément sur ses préférences professionnelles, ce qui peut conduire à rejeter des modes de réponse impliquant la comparaison et le classement de trop nombreux éléments.

Structure du questionnaire

L’attention se porte ici sur trois aspects :
- la structure générale du questionnaire ;
- les effets du regroupement d’items de base dans les items du questionnaire ;
- le temps de passation, qui découlera de la longueur du questionnaire.

Structure générale du questionnaire

Celle-ci dépend du nombre d’échelles, du mode de réponse choisi, des exigences psychométriques de l’auteur.

Effets du regroupement d’items de base dans les items du questionnaire

En fonction de la structure générale définie pour le questionnaire, des items de base peuvent être regroupés dans les questions sur lesquelles des choix vont s’opérer. Si une méthodologie d’association des items de base dans les questions doit être définie, l’expérience montre que certains résultats de ces associations peuvent s’avérer peu satisfaisants et par exemple :
- deux items de base, affectés à des échelles différentes, présentent une ressemblance formelle qui pourrait perturber le choix ; il est alors préférable d’effectuer des permutations d’items de base à l’intérieur des questions ; de même, le renseignement du questionnaire s’effectuant de manière plutôt linéaire dans le cas d’une passation « papier-crayon » et linéaire dans le cas d’une passation informatisée, l’attention devra porter sur les effets potentiels de la succession des items ;
- si l’on n’a pas pris le soin d’évaluer la « popularité » des items de base dans la population de référence, l’association d’items de base affectés à des échelles différentes présentant un écart sensible de « popularité » dans la population de référence peuvent être choisis, non pas au titre de l’échelle qu’ils évoquent, mais plutôt parce que plus « populaires ».

Longueur du questionnaire

Un test entraîne toujours une erreur de mesure. Un des moyens de réduire celle-ci est d’augmenter le nombre d’items. Ces phénomènes peuvent être mesurés.

Toutefois, l’augmentation du nombre d’items se heurte à deux difficultés :
- la première porte sur la construction de « bons » items (soit présentant des caractéristiques psychométriques d’une qualité suffisante) en grand nombre ;
- mais surtout, un questionnaire trop long (par rapport au public visé et au contexte d’utilisation) serait, en pratique, inapplicable.

Un des moyens d’évaluer la fidélité est de recourir à la méthode de partage par moitiés (split-half method). Elle conduit toutefois à doubler la longueur du questionnaire initial.

Validation d’une version provisoire

Disposant des matériaux pour construire l’inventaire, encore convient-il de valider une version provisoire de celle-ci. Cette opération vise à :
- étudier les caractéristiques métriques de l’instrument afin de déterminer s’il est « suffisamment » valide pour pouvoir être utilisé ;
- vérifier qu’il est adapté au public visé et au contexte d’utilisation ;
- déterminer les étalonnages ;
- identifier des voies d’amélioration.
Un plan d’expérimentation doit être défini. Cette expérimentation s’effectue auprès d’un échantillon représentatif du public visé. Les conditions d’application doivent être définies (standardisation et contexte de la passation) ainsi que des consignes, tant pour les sujets répondant au questionnaire que pour les animateurs des passations.

Les conditions de validité des protocoles doivent également être fixées. Par exemple, pour une passation « papier-crayon », considère-t-on comme valide un questionnaire où manque une réponse ?

Si la passation est informatisée, le logiciel peut prendre en charge la gestion de la réponse à la totalité des items. D’autres critères de validité des protocoles peuvent également être définis. Si cela est possible, il peut être pertinent de tester deux formes parallèles.

Étalonnages

Le type d’étalonnage dépendra notamment de la structure du questionnaire. Les divers travaux sur les intérêts professionnels ont fait apparaître des dominantes selon les échelles et le sexe. On peut s’attendre à trouver des résultats semblables à travers le nouvel instrument. Des différences sensibles devraient alerter l’auteur et pouvoir être explicitées.

Dans le cas de l’informatisation d’une épreuve existant sous forme « papier-crayon » ou dans le cas du développement d’une nouvelle épreuve sous une forme informatisée et une forme « papier-crayon », rien ne permet d’affirmer que les résultats obtenus aux deux formes seront identiques. Nos propres travaux (Paineau, 1990) ont montré que les résultats étaient certes très proches, mais pas identiques. Dès lors, la nécessité de disposer d’étalonnages adaptés à chaque forme s’impose.

Temps de passation

Si la passation s’effectue sous la forme « papier-crayon », les animateurs de la passation devront relever les temps de passation. Cette information, même approximative, permettra de juger si l’instrument, à cet égard, correspond aux objectifs qui avaient été déterminés, en fonction du public visé et du contexte d’utilisation. Si la passation est informatisée, le logiciel peut prendre en charge la collecte de ces informations.

Étude psychométrique

Le plan d’étude psychométrique doit être défini :
- afin d’évaluer les différentes dimensions de la fidélité et de la validité du questionnaire ;
- en identifiant les tests statistiques les plus pertinents compte tenu de la structure du questionnaire.

L’étude des caractéristiques métriques d’un test (étude psychométrique) constitue non seulement une opération de validation de celui-ci, mais aussi une information destinée à ses utilisateurs potentiels, leur permettant d’évaluer la portée et les limites de l’instrument.
Si les psychologues sont formés à la lecture et la compréhension de ce type d’étude, un commentaire objectif des résultats n’est probablement pas superfétatoire. Une attention particulière, quitte à peiner l’auteur, devra être accordée aux points faibles éventuels de l’épreuve, afin d’alerter les utilisateurs et leur permettre d’utiliser l’instrument de manière aussi pertinente que possible.

Le matériel de l’épreuve

Généralement, pour une épreuve « papier-crayon », celui-ci comporte : un manuel d’instruction, un questionnaire (applicable aux consultants des deux sexes) ou deux questionnaires (version masculine et version féminine), des feuilles de réponses, feuilles de profils et grilles de correction.

L’utilisation de l’épreuve

Conditions de passation

Celles-ci doivent être précisément définies, afin de garantir la standardisation, condition nécessaire de la référence à l’étalonnage. Elles sont accompagnées de consignes, tant pour les répondants que pour les animateurs des passations.

L’exploitation du protocole

Celle-ci comporte deux étapes :
- l’évaluation de la validité du protocole ;
- l’interprétation du protocole et la restitution des résultats.

L’évaluation de la validité du protocole

Le premier point à vérifier, lorsque l’épreuve comporte une forme masculine et une forme féminine, est que le répondant a bien renseigné le questionnaire correspondant à son sexe ; dans le cas contraire, le protocole est invalide, et une nouvelle passation doit être effectuée.

Si l’épreuve comporte des indices de validité, ceux-ci doivent être examinés. Le constructeur de l’épreuve devra trouver un compromis entre sophistication de ces indices et facilité et rapidité à les calculer ou les évaluer par le conseiller : dans le cas contraire, cette étape risquerait d’être omise, faute de temps. Dans le cas d’une épreuve informatisée, ces indices sont calculés par le logiciel.

On s’intéressera ensuite à la cohérence du profil. Les nombreux travaux consacrés à la psychologie des intérêts professionnels permettent de décrire ce à quoi on peut s’attendre en la matière, ce que n’aura pas manqué de rappeler l’auteur dans le manuel de l’épreuve. Des résultats divergents avec ce à quoi on peut s’attendre ne signalent pas nécessairement un protocole invalide, mais doivent alerter le conseiller, ce qui ne signifie pas que lorsque les résultats sont conformes à ce que l’on peut attendre, le conseiller doit abandonner toute vigilance.

Dans le cas d’une épreuve informatisée mesurant les temps de réponse, ceux-ci participent à l’évaluation du protocole :
- des temps trop courts (par rapport aux temps généralement observés) alertent le conseiller : le répondant a-t-il pris le temps de lire les consignes ou l’item (condition nécessaire à la formulation d’une réponse qualifiée) ?
- des temps trop longs (par rapport aux temps généralement observés) fournissent un autre type d’alerte au conseiller : sont-ils dus à une perturbation externe à la passation ou à une difficulté liée à la passation elle-même ? Peuvent-ils suggérer que les réponses correspondantes ne satisfont pas à la consigne de spontanéité et peuvent suggérer l’objectif de donner la meilleure image de soi ou la recherche des activités assurant la meilleure allocation de position sociale ? S’agit-il d’items ayant posé un problème particulièrement aigu de choix au répondant ? Etc.

Il s’agit alors de points à élucider au cours de l’entretien qui permettront que celui-ci progresse plus rapidement.

Certains auteurs d’épreuves de mesure des intérêts conseillent d’évaluer la cohérence de l’expression spontanée du consultant (notamment en termes de métiers choisis et rejetés) avec le profil d’intérêts obtenu. De notre point de vue, cette opération est utile, mais dans le but de tenter d’élucider au cours de l’entretien l’écart entre les réels intérêts du sujet (mesurés par l’épreuve) et les représentations qui sous-tendent son expression spontanée. Il ne s’agit donc pas, dans cette perspective, d’un critère d’évaluation de la validité du protocole. On se rappellera que l’hypothèse selon laquelle les intérêts inventoriés constituent une information plus fiable que les intérêts exprimés - hypothèse qui sous-tend tous les instruments de mesure des intérêts - a été largement démontrée.

Certains tests disposent d’une « échelle de mensonge ». On voit mal comment mettre en place une telle échelle dans un inventaire d’intérêts. En outre, l’expérience montre que les épreuves de mesure des intérêts, par opposition aux tests d’évaluation ou d’investigation de la personnalité, sont généralement bien ressenties par les répondants, qui se montrent le plus souvent très coopératifs. La présentation de l’épreuve à laquelle on les invite à se soumettre, les conditions de la passation, et l’assurance d’obtenir des informations utiles à chacun d’entre eux, garantissent largement cette coopération.

La cohérence du profil

Un profil d’intérêts peut être psychologiquement plus ou moins consistant ou inconsistant. On se référera aux différents travaux sur le sujet, dont les résultats sont eux-mêmes assez largement cohérents. L’auteur de l’épreuve ne manquera pas de rappeler les références essentielles en la matière dans le manuel. On ne peut interpréter les résultats à une échelle sans considérer les scores obtenus aux autres échelles. L’interprétation du protocole suppose d’approfondir l’approche d’ensemble de la cohérence du profil.

La différenciation du profil

Le but de l’inventaire est de fournir un profil exploitable, et donc différencié, c’est-à-dire dans lequel des échelles se dégagent nettement. Face à des publics jeunes ou de niveau faible ou réunissant ces deux caractéristiques, certains inventaires fournissent des profils insuffisamment différenciés, voire « plats ». Permettre d’obtenir un profil différencié est l’un d’un des principaux défis face à ce type de public. Ceci suppose d’accorder une attention particulière aux items de l’inventaire, mais aussi au mode de construction de celui-ci.

L’interprétation du protocole et la restitution des résultats

Plus le doute quant à la validité du protocole s’accroît, plus l’interprétation de celui-ci doit être effectuée avec prudence. Si le protocole apparaît comme étant invalide, soit sur la base des indices, soit au cours de l’entretien en cas de vérification d’une validité douteuse, la passation de l’épreuve doit être effectuée à nouveau ou l’entretien doit y suppléer en totalité.

Le psychologue ayant évalué que le protocole est valide produit alors des hypothèses (une pré-interprétation de celui-ci) qui seront examinées au cours de l’entretien avec le consultant. Seul l’entretien de restitution, qui lui permettra d’obtenir des informations complémentaires, et singulièrement des informations lui permettant de valider ou invalider ses hypothèses, lui permettra d’interpréter le protocole.

La restitution des résultats peut s’effectuer individuellement ou collectivement, voire en combinant ces deux méthodes. La restitution en groupe favorise les interactions et une réflexion collective qui élargit la réflexion individuelle. La restitution individuelle permet une plus grande personnalisation de l’accompagnement.

Le consultant doit disposer, non seulement de ses résultats à l’épreuve, mais aussi d’informations lui permettant de se les approprier (définitions des échelles compréhensibles et commentées par le conseiller...).

Les études longitudinales montrent que les rejets sont plus stables que les choix, même si les modifications dans le temps de la hiérarchie des choix ne portent le plus souvent que sur l’ordre de préférence des échelles ayant obtenu les scores initiaux les plus élevés.

Au-delà des principes généraux d’interprétation d’un protocole, des principes doivent être définis face à chacune des échelles de l’inventaire. S’il a été fréquemment relevé que les scores élevés à une échelle de type « artistique » ne devaient être réellement pris en compte que si l’on constatait des réalisations effectives et positivement sanctionnées dans ce domaine, comment peut-on élaborer un pronostic sur la base d’un score « social » ou « manuel » élevé si l’intéressé(e) n’a jamais exercé d’activité correspondante, alors même que l’opportunité de le faire semble a priori évidente ?

On peut considérer, qu’à des degrés divers, ce principe est à appliquer systématiquement à toutes les échelles. Une cohérence faible ou nulle entre intérêts inventoriés et pratiques de l’intéressé ne peut manquer d’alerter le conseiller.

Il convient aussi de s’intéresser au niveau d’aspiration du consultant, qui peut être affecté des effets - internes - de sous ou sur estimation ou - externes - l’évaluation de son entourage. On s’intéressera alors à la concordance entre le choix des dimensions privilégiées et les performances intellectuelles et scolaires du consultant.

Si le réalisme doit présider à la démarche d’orientation, il n’est généralement pas pertinent de rejeter les pistes auxquelles le consultant se montrerait attaché, mais qui apparaîtraient comme peu pertinentes au conseiller (projet trop ambitieux eu égard aux capacités du consultant, projet aux débouchés trop incertains...). En effet, cette attitude du conseiller pourrait démotiver le consultant face à la démarche qui lui est proposée, sans le convaincre pour autant de renoncer à son projet. Le praticien de l’orientation sait combien les stéréotypes sont résistants. La rencontre de professionnels, par exemple, peut constituer un moyen efficace pour amener le consultant à prendre conscience du caractère irréaliste ou inadapté de son projet (à la condition toutefois que les professionnels rencontrés participent honnêtement, sans démagogie, ce que l’on observe trop souvent...). Le consultant sera alors plus attentif au conseil qui lui permettra de s’approprier et de conduire la reconstruction d’un nouveau projet plus adapté.

En outre, et même s’il ne s’agit pas de la situation la plus fréquente, l’intensité de la motivation d’un consultant pour un projet précis, même peu réaliste, le conduit parfois à lever des obstacles statistiquement quasi insurmontables. S’il ne convient pas de surestimer les effets possibles d’une réelle et forte motivation (qu’il convient d’évaluer), on ne peut ignorer cet aspect.

Le manuel de l’épreuve

Le manuel de l’épreuve permet à l’utilisateur en premier lieu de différencier un test psychologique, élaboré et validé selon les principes de cette discipline scientifique, d’un « pseudo-test », les manuels de ces derniers étant souvent très évasifs en ce qui concerne les fondements théoriques, l’élaboration et la validation, les vendeurs de ces « instruments » allant parfois jusqu’à se retrancher derrière le « secret industriel » lorsqu’ils sont interrogés sur ces points !

En second lieu, il doit lui permettre de déterminer si l’instrument correspond bien à son objectif précis (dimension à mesurer, objectifs et public visés, contexte d’utilisation...). Enfin, il doit lui permettre d’utiliser l’épreuve de manière adaptée. Le manuel présente les fondements théoriques, l’élaboration et la validation de l’instrument, les résultats de l’étude psychométrique, les conditions d’utilisation, les étalonnages et les principes de cotation, les principes d’interprétation des protocoles...

Selon Bartram (trad. 1994, p. 4), « Un manuel de test doit comporter toutes les informations nécessaires pour apprécier les qualités psychométriques du test et sa pertinence quant à l’objectif spécifique de l’évaluation, pour administrer le test, le coter et utiliser les notes obtenues. » et il précise à l’intention des utilisateurs « tentés de passer directement au chapitre administration et cotation » : « Pour savoir si un test est adapté à votre objectif d’évaluation d’une personne, et en utiliser les résultats de façon responsable, il faut lire le manuel dans sa totalité, comprendre le rationnel sous-jacent à sa construction [...] et examiner les données rationnel théorique de fidélité, de validité et les caractéristiques des notes obtenues. [...] Pour un utilisateur, l’important est d’assimiler la signification des données présentées dans le manuel d’un test : les concepts sous-jacents, la rigueur de la construction, le degré de confiance que l’on peut accorder aux résultats obtenus et le type de population auquel ce test peut être valablement appliqué. ». Il ajoute que (op. cité, p. 100) « les informations concernant la fidélité et la validité d’un test permettent de déterminer le niveau de confiance avec lequel on peut émettre des affirmations sur la base des scores fournis par ce test. En l’absence de telles données, les scores d’un test ne sont que des chiffres non interprétables ». Kline (trad. 1994, p. 121) énumère les informations qui devraient figurer dans un manuel de test.

Conclusion

Cet article s’est efforcé de fournir quelques points de repères face à certains aspects des inventaires d’intérêts professionnels. Il n’est pas exempt de quelques redondances : celles-ci découlent de l’approche systémique adoptée et l’examen de toutes les relations entre les divers choix méthodologiques possibles en aurait augmenté le nombre. Il reflète probablement assez largement la conception de son auteur face aux divers points abordés. Il est bien entendu soumis à la discussion. Les références fournies, ainsi que les autres articles de ce numéro, permettent de disposer d’autres éclairages sur le sujet.

auteur

Alain Paineau, Psychologue du travail (diplôme du Conservatoire national des arts et métiers), membre de la Société française de Psychologie (SFP) est l’auteur de l’inventaire d’intérêts professionnels Aid’Orient’ (http://www.aidorient.org/). Courriel : alain.paineau@aidorient.org

notes

  1. Cette expression est à entendre dans sa double acception : à la fois en termes d’utilisation opérationnelle, mais aussi plus largement en tant que mode de concrétisation de la conception de l’orientation qui est celle de l’auteur.
  2. Entendu ici au sens de mot déclenchant une réaction spontanée de choix ou de rejet de l’item, indépendamment du contenu d’ensemble de l’item.

abstract

This article targets both the users of occupational interest inventories and those who create such inventories. It provides the former with a “grid” for reading the manuals that come with such inventories, and the latter with a review of a few key points and crucial choices concerning construction of the tool. This article is short and claims neither to be exhaustive nor to show the “only way” to make an interest inventory. It is probably a reflection of the author’s general views on the issues and, as such, is naturally open to discussion.

références

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