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Recensions

Tests à l’appui. Pour une intervention intégrée de la psychométrie en counseling d’orientation

Le Journal Créatif ; À la rencontre de Soi par l’art et l’écriture

La carrière : un appel à l’aventure

 


 

 
   

Marie-Chantal Guédon et Réginald Savard
Tests à l’appui. Pour une intervention intégrée de la psychométrie en counseling d’orientation
Sainte-Foy (Québec) : les Éditions Septembre, 2000.
88 pages, ISBN 2-89471-105-0, 18.95$CAN.
Les Éditions Septembre : http://www.septembre.com/


Alors que la psychométrie et la psychologie du conseil sont souvent présentées comme antagonistes, le mérite de cet ouvrage est de les réconcilier et de les présenter comme un couple complémentaire et harmonieux. Sans doute les tests nous livrent-ils des données limitées et des approches partielles, concernant le comportement d’une personne. Mais ces données sont dignes d’attention, à condition de tenir compte de l’auto-réflexion qu’elle suscitent avec l’aide du conseiller.

Toute position extrême, le « tout-test » ou le « tout-conseil », doit donc être évitée. On ne peut pas formuler un diagnostic ou prendre une décision importante à partir des seuls résultats de tests. Mais on ne peut pas non plus se limiter à la simple appréciation subjective du conseiller.

Les résultats de tests recueillis dans le cadre d’une entrevue n’ont d’autre but que de susciter une progression dans l’exploration de soi. Ce qui implique d’associer le client à la décision de recourir à des tests, même si le conseiller en conserve la responsabilité. D’autant plus que c’est à lui de juger du moment le plus approprié pour introduire le test dans le processus d’orientation. Placer le recours aux tests en début de ce processus stimule la phase d’exploration de soi. L’introduire au cours du processus, aura l’avantage de jouer un double rôle : consolider la partie de la démarche déjà entreprise et donner des assises à celle qui reste à faire. Utiliser le test en fin de processus peut avoir comme effet de valider ou de confirmer les décisions envisagées et de permettre un passage à l’action d’une façon plus assurée. Toutefois, les résultats obtenus en fin de phase peuvent provoquer des remises en question de décisions déjà prises. Et le temps manquera dès lors pour examiner en profondeur les répercussions de ces nouvelles données. La tentation sera alors de les laisser de côté ou de les interpréter d’une façon anodine ou complaisante. Toutefois, l’éthique commandera plutôt de poursuivre l’intervention afin de permettre l’intégration de ces nouvelles perspectives, car le but de l’utilisation de la psychométrie n’est-il pas de stimuler d’abord la réflexion avant de vouloir mesurer ?

On sait que le fait d’avoir répondu aux questions d’un test ou d’en avoir accompli les tâches inhérentes peut avoir des répercussions au niveau de la connaissance ou de l’image de soi. Mais il faut se souvenir que la personne est un être en développement et que ce qui est mesuré, à un moment donné, par un instrument psychométrique peut évoluer avec le temps, en fonction des expériences vécues et des prises de consciences effectuées. D’où l’importance aussi de choisir les instruments appropriés en fonction de leurs caractéristiques et de ce qu’ils peuvent apporter.

Les auteurs proposent trois phases dans l’interprétation des résultats : décoder leur signification ; replacer leur interprétation dans le contexte qui permet de tenir compte des particularités de la personne et de la situation ; spécifier l’interprétation en la focalisant sur les interrogations ou les besoins du client.

Communiquer les résultats d’un test à un client, c’est lui apporter une information sur lui-même, c’est alimenter cette information par l’apport d’une source externe. C’est ce que les auteurs nomment feed-back, littéralement nourrir (to feed) en arrière ou en retour (back) et qu’on appelle souvent en France la rétro-action. Cette « alimentation en retour » est permanente dans une relation de conseil où le client se nourrit de l’écoute et de la rétrocommunication du conseiller et où, à son tour, le client alimente par son discours la dynamique de l’entrevue. L’interaction entre conseiller et client est donc essentielle, de même que la participation active, volontaire, du client. La transmission des résultats touche la conception que le client a de lui-même. Plus précisément elle touche son système de références et l’ensemble de ses représentations. Sans doute chaque personne cherche à maintenir son identité et l’image qu’elle a d’elle-même. Toutefois les résultats d’un test qui lui sont communiqués seront assimilés dans la mesure où ils paraissent acceptables et puissent être intégrés à sa propre conception de soi. Le client tend à s’autoréguler pour s’ajuster progressivement aux informations qui lui parviennent de l’extérieur. C’est tout le travail d’assimilation et d’accommodation auquel le conseiller doit être attentif. Il doit aussi être sensible aux réactions affectives et cognitives qui modulent l’émission et la réception de nouvelles informations. Il doit permettre à la personne de réagir à leur sujet. Ce qui évitera la dissonance entre le message reçu et l’image que la personne s’est forgée d’elle-même. En conséquence dans la transmission des résultats d’un test le conseiller évitera les jugements absolus et favorisera leur signification en fonction des préoccupations du client. Il appartient d’ailleurs au conseiller de faire les nuances requises dans l’interprétation des résultats. Lui seul peut les faire puisqu’il connaît la limite des tests et les caractéristiques du client. Il ne doit d’ailleurs jamais communiquer à celui-ci des résultats qui n’auront pas été suffisamment expliqués.

Cette communication des résultats d’un test peut se faire selon deux stratégies : transmission avec auto-évaluation préalable ou transmission directe des résultats. La première consiste à proposer au client un exercice lui permettant d’anticiper ses résultats et de dévoiler ainsi les représentations qu’il se fait de ses caractéristiques personnelles, celles qui sont en jeu dans le test. Cette auto-évaluation préalable consiste à demander au client d’évoquer ses points forts et ses points faibles ou d’indiquer au moyen d’une feuille de profil, les niveaux auxquels il pense se situer. Ceci permet de cerner dans les grandes lignes, l’image que l’intéressé se fait de lui-même. L’avantage de cette stratégie est de l’amener à assumer une part de l’évaluation en effectuant une réflexion sur les aspects de sa personnalité ou de son comportement avant de connaître les résultats du test. La seconde consiste à exposer directement au client les résultats obtenus. Cela suppose que le conseiller gère au fur et à mesure les réactions du client, qu’il y soit très attentif et qu’il les encourage même, puisqu’elles permettront d’asseoir le dialogue par rapport aux représentations et au vécu du client. Cette transmission directe donne plus de latitude au conseiller quant à l’importance à accorder aux différents résultats ; mais elle peut avoir l’inconvénient d’encourager une attitude de réception passive chez le client.

Lorsque le test est administré en groupe et que l’on donne les consignes ou les explications requises pour que chacun puisse en comprendre les résultats, il est nécessaire de respecter la confidentialité des résultats de chacun. Ceux-ci doivent faire l’objet d’un entrevue individuelle surtout, à notre avis, lorsqu’on administre un test de personnalité ou d’intelligence par exemple.

Lorsqu’il s’agit d’évaluation par internet plusieurs questions se posent : la valeur des instruments présentés, le contrôle de l’administration du test (est-ce le client qui répond ou une autre personne ?), l’interprétation des résultats par le client lui-même (interprétation simpliste, rigide…), l’impact sur le client (la construction de son identité professionnelle, son estime de soi), la solitude de la personne qui se trouve seule devant son écran sans pouvoir se référer à la présence d’un conseiller auquel elle fait confiance.

L’objectif de ce petit ouvrage était de montrer comment on pouvait intégrer la psychométrie au conseil d’orientation. Nous pensons qu’il y a pleinement réussi. Pour la forme, cet ouvrage est d’une lecture agréable grâce à une présentation et une typographie aérées, avec des paragraphes bien spécifiés. Pour le fond, le lecteur appréciera, à la fin de chacun des neuf chapitres, l’encadré qui rappelle, de façon concise, les éléments clefs qui structurent et résument le chapitre. Un vocabulaire de la psychométrie ainsi qu’une abondante bibliographie font de ce livre un outil indispensable pour les étudiants et étudiantes, ainsi que pour tous ceux qui souhaitent améliorer leur compétence dans l’utilisation de la psychométrie en contexte de relation d’aide et de conseil.

André E. Botteman, D.Ps.
Directeur adjoint de « Carriérologie »

 


 

 
   

Anne-Marie Jobin
Le Journal Créatif ; À la rencontre de Soi par l’art et l’écriture
Montréal : les Éditions du Roseau, 2002. 259 pages, ISBN 2-89466-069-3, 22.95$CAN.
Éditions du Roseau : http://www.roseau.ca

À partir de ses expériences, de ses lectures et de sa pratique, Anne-Marie Jobin nous offre dans ce livre sa passion pour le journal créatif. Outil de connaissance de soi qui unit l’écriture et l’art visuel, le Journal Créatif est présenté dans cet ouvrage de multiples façons et ouvre également sur une panoplie de possibilités d’utilisation. L’auteure s’est tout d’abord inspirée des ouvrages de Ira Progoff, de Lucia Capacchione et de Julia Cameron portant sur le Journal intime ainsi que sur l’écriture, afin d’ancrer dans sa pratique l’utilisation du journal créatif. Parallèlement à ces activités, elle s’intéresse à l’art-thérapie qui lui permet d’introduire dans ses utilisations du journal, le visuel, les symboles et les images.

Cet ouvrage comporte quatre parties et vingt-et-un chapitres. L’introduction revêt une importance particulière puisqu’elle comprend une description générale du journal créatif à travers ses objectifs et permet de situer celui-ci dans son utilisation. La première partie du livre englobe les différents postulats sur lesquels s’est appuyée l’auteure afin de construire sa base théorique de l’utilisation du Journal. La deuxième partie décrit les techniques qui soutiennent l'usage du journal créatif. La troisième partie comprend des exercices pratiques du journal pouvant être utilisés comme support lors de situations particulières de la vie. La dernière partie décrit les pièges et les blocages pouvant survenir dans le cadre de la méthode du journal et comporte des suggestions afin d’y faire face.

La première partie de l’ouvrage, réflexions, traite des postulats de base de la méthode du journal créatif et est divisée en six chapitres (1 à 6). Tout d’abord, l’auteure aborde le besoin chez les humains de donner un sens à la vie. Le journal créatif est un moyen d’accéder à des éléments plus profonds de l’être et qui permet de donner un sens à la vie.

Afin d’accéder à ces éléments, le journal favorise l’utilisation et l’émergence d’un mode de pensée intuitif plutôt que rationnel. Aussi, Jobin insiste sur le pouvoir de l’art comme manière de développer le mode intuitif puisqu’il utilise des symboles, des métaphores et des images provenant de l’inconscient. L’art permet de rendre visible ce qui se passe à l’intérieur de la personne et d’y donner les formes pour se dire.

Par le pouvoir de l’art, la créativité, qui est décrite par Jobin comme étant « le processus par lequel on traduit dans la matière ce qui nous habite » (p.37), se déploie. Cette créativité a un cycle et peut être entravée par certains aspects dont le perfectionnisme, les dépendances, les peurs et les croyances. D’un autre côté, elle tend à se manifester plus facilement lorsqu’il y a présence de certaines caractéristiques comme la spontanéité, la confiance, l’environnement positif et l’examen des blocages.

L’auteure voit aussi dans le travail du journal une pratique pouvant être spirituelle. Elle entend par spiritualité tout ce qui touche la globalité de l’être. Elle fait le rapprochement avec la méditation, mais qu’elle distingue du journal puisque celui-ci « implique une activité dans la matière » (p.46).

Jobin termine la première partie du livre en mentionnant l’effet positif que peut avoir le journal créatif dans la communauté puisque le travail qu’il propose active le meilleur de la personne et débouche sur des actions concrètes dans l’environnement.

La deuxième partie du livre présente les techniques qui supporte le travail du journal créatif. Cette section comporte cinq chapitres (7 à 11). Tout d’abord il est question des techniques d’écritures qui font plus référence au mode de pensée rationnel, mais qui visent tout de même à accéder à des informations provenant d’inspirations plus profondes. Chaque technique, tout au long du livre, est illustrée par un exemple concret. Voici quelques unes des techniques d’écritures présentées par Jobin : l’écriture rapide qui consiste à écrire soit vingt minutes ou trois pages, a pour objectif de dépasser le mode de conversation superficielle et ainsi permettre à des éléments plus profonds de faire surface; la phrase déclencheur, pour briser la glace de l’écriture ou encore pour travailler un thème particulier; la lettre fictive que l’on écrit à quelqu’un ou à soi ; l’autre point de vue est une technique qui permet de se représenter la position de l’autre et de se distancer de la situation ; les listes de mots qui viennent à l’esprit au sujet d’un thème en particulier permettent d’inventorier les aspects d’une situation.

Ensuite, Jobin présente les techniques relatives au dessin qui englobent le monde des images et des symboles. L’auteure soutient alors que le but du journal n’est pas d’apprendre à bien dessiner, mais plutôt de laisser s’exprimer ce qui est au fond de la personne par le biais des formes et des couleurs. Elle aborde plusieurs techniques dont, le dessin spontané qui se veut exploratoire; le barbeau pour se lancer et briser la glace; le zoom pour aller voir les parties d’un dessin qui intrigue, il s’agit alors de dessiner le gros plan de la partie à examiner ; il y a aussi les combinaisons de dessins comme par exemple celui qui exprime deux pôles opposés d’une situation; l’art positif qui illustre l’idéal d’un thème ou d’une situation; le collage pour ceux plus timides devant le dessin; les formes symboles comme la silhouette ou le mandala personnel, permettent de délimiter les frontières et d’exprimer des états.

Suit le chapitre sur l’interface dessin-écriture où se trouve le centre du journal créatif, la liaison entre le mode rationnel et le mode intuitif. Plusieurs possibilités s’offre alors à la personne, il y a l’écriture suite au dessin à partir de réflexions qui viennent à l’esprit ou encore par le dialogue avec l’image ou l’image qui se raconte. Il y a aussi le dessin suite à l’écriture, celui-ci peut être spontané, s’imbriquer sur des mots, créer un zoom sur un mot ou une lettre, ou tout autres possibilités provenant de l’imagination.

L’autre main fait aussi partie des méthodes privilégiées du journal créatif. Celle-ci consiste en l’utilisation de la main non-dominante pour réaliser des activités du journal, par exemple, engager le dialogue entre les deux mains, la main non-dominante faisant plus souvent office de l’enfant en soi, ou encore rédiger une lettre fictive ou bien faire un dessin.

La troisième partie, qui comporte sept chapitres (12 à 18), présente des exercices pratiques du journal selon différentes situations de la vie ou différents états afin de stimuler la croissance ou la guérison. À partir de cette section, l’auteure conseille de poursuivre la lecture en fonction des inquiétudes personnelles plutôt que de lire tous les exercices les uns après les autres. Dans la section les grand chapitres, l’auteure aborde tout d’abord les grandes questions telles que : Qui suis-je? D’où je viens? où j’en suis? Où je m’en vais? Pour chacune des questions, elle propose des exercices reliés à la situation et pouvant venir offrir des éléments de réponse. Par exemple, la croisée des chemins est un exercice qui implique la visualisation, le dessin et l’écriture, car on demande à la personne de se représenter mentalement un carrefour avec comme chemins, la variété des possibilités s’offrant à elle. Celle-ci doit sentir et voir les possibilités pour ensuite les illustrer ou les décrire à l’aide d’un diagramme.

Les grandes vagues parle des crises et des grands états de la vie comme étant porteuses d’importantes énergies. Jobin explique alors le choix de la personne devant ces situations, soit s’ouvrir et vivre la douleur soit se refermer pour ne pas ressentir cette douleur. Si la personne s’engage sur la seconde voie, l’auteure ajoute que « c’est toute l’énergie vitale qui se durcit, car on ne peut pas refuser de sentir la souffrance et continuer de sentir la joie » (p.141). Trois types de crises sont abordés dans ce livre : les pertes et les deuils, les crises de sens qui sont les grandes remises en question et les crises liées aux étapes de la vie. Voici quelques exemples d’exercices proposés par l’auteure afin de vivre ces crises : Vider son cœur consiste à effectuer un dessin spontané portant sur les émotions vécues suite à une perte ; à ce dessin on peut ajouter des mots et des réflexions. Rite de passage est aussi un exercice visant à faciliter le passage de la crise ; celui-ci consiste à créer un dessin ou un objet qui symbolise ce dont on veut se défaire pour ensuite écrire une lettre visant à inviter la nouvelle étape qui débute.

Ce chapitre parle aussi des états émotifs difficiles que l’auteure décrit comme des émotions qui ont été réprimées ou étouffées et dont l’énergie s’est emmagasinée assez pour provoquer de la tension. La particularité de ces états est qu’ils sont de plus longue durée et peuvent imprégner toute la vie de la personne. Jobin associe ces états à des couleurs, Broyer du noir : la déprime; Voir rouge : la colère; Blanc de peur; Avoir les bleus: la tristesse; Vert de jalousie. Selon l’auteure, ce qui doit être fait en premier lieu est de permettre l’expression des émotions sous pression avant de tenter de les déchiffrer. Une aide professionnelle peut être nécessaire dans ces situations. Chaque état comporte plusieurs exercices dont un est inspiré de la couleur de l’état. Par exemple, l’activité du personnage de l’état qui est soit noir, rouge, blême ou bleu selon la situation invite la personne à se représenter l’état à l’intérieur d’elle-même et d’entreprendre une conversation avec celui-ci.

Les grands domaines identifiés par Jobin dans le quatorzième chapitre et pouvant être approfondis par le travail du journal sont, le mental, le physique, l’émotif et le spirituel. Le mental est le monde de la pensée et de la réflexion. Ce monde a le pouvoir de polluer notre vie en raison du déferlement continuel d’idées et de pensées qui l’habitent. Afin de faire le vide, plusieurs exercices visent justement à purger la personne de toutes ces pensées énergivores, par exemple, la vidange qui consiste à faire vingt minutes d’écriture rapides en commençant par je pense…, les cassettes, qui consiste à décrire en détail le scénario bâti pour ensuite tenter d’identifier une action nous permettant de l’atteindre. Un autre domaine est le physique qui est approfondi selon ses douleurs, ses blessures et ses maladies, le stress, ses dépendances, l’image corporelle, ses limitations physiques et la mort. Pour chacun de ses aspects, l’auteure propose des exercices précis. À partir d’une phrase comme « mon corps me dit… », la personne est invitée à y entrer pour tenter de se le représenter par la suite dans son journal. Quand la confrontation avec la réalité se fait difficile en raison de handicaps ou de mort, l’auteure invite à la création à partir de la question « qu’as-tu à m’apprendre? ». Un autre domaine est l’émotif ; celui-ci comporte des exercices en lien avec les émotions de tous les jours, les blessures émotionnelles, l’hyperémotivité et l’absence d’émotions. Le dernier domaine est le spirituel ; celui-ci englobe des exercices reliés à la spiritualité, aux pratiques spirituelles et à la sagesse intérieure.

Les grands rêves sont décrits dans ce livre comme précédant les créations et germant dans l’imagination avant de s’incarner réellement dans la vie. Pour réaliser les rêves, Jobin explique que le travail se fait en deux étapes, tout d’abord il faut percevoir les élans du cœur et ensuite il faut entreprendre le processus qui les matérialisera dans la vie concrète. Comme dans l’ouvrage de Paulo Coelho, L’alchimiste, l’auteure aborde l’expression « légende personnelle » comme une recherche sur le sens propre de sa vie. Après avoir présenté des exercices visant la quête des grands rêves, Jobin enchaîne alors avec des exercices portant sur les grands projets, qui sont eux plus concrets.

Dans la section portant sur les exercices pratiques, l’auteure invite à d’autres sources d’inspiration tels que, les rêves qui sont une porte ouvrant vers les inspirations inconscientes, les images spontanées qui nous viennent à l’esprit et la vie courante avec ses synchronicités et ses signes.

La quatrième et dernière partie, pièges et blocages, comporte trois chapitres. Dans les pièges et blocages fréquents dans la pratique du journal on retrouve entre autres, le syndrome de la page blanche, « je ne suis pas bon en dessin », la peur d’être lu et la peur de ce qu’on pourrait trouver à l’intérieur de soi. Pour chacun des pièges et des blocages, l’auteure propose quelques exercices afin de solutionner ces difficultés, par exemple de faire la liste des blocages vécus pour ensuite réaliser un dessin spontané relié à celui-ci. Il s’agira par la suite d’inscrire nos réflexions et des pistes d’actions concrètes. Dans le dernier chapitre, les cinq ingrédients gagnants, l’auteure termine avec les affirmations suivantes afin de transformer les blocages en moyens de développement : se donner de la valeur, cultiver l’esprit du jeu, agir à petit pas, être positif / choisir la force de la vie et respecter son rythme / connaître le cycle de la créativité.

Commentaires

Un ouvrage qui en amène un autre pour autant qu’on accepte de donner un sens à l’écriture et au dessin dans une démarche de connaissance de soi. Jobin offre un condensé d’exercices pratiques pour toute personne désirant entreprendre le travail du journal créatif. Illustrés parfois en couleur, les exemples d’activités sont attrayantes, invitantes et parfois bien intrigantes. Par curiosité ou par intérêt certain exercices appellent à la réalisation ; le dialogue à deux mains par exemple est une invitation au dépaysement. La lecture de ce livre ouvre sur l’immensité des possibilités créatives du journal et déborde d’idées pour le conseiller qui désire utiliser ce genre de techniques avec sa clientèle.

La carriérologie est un domaine propice à l’utilisation de ces activités puisqu’elles appellent l’être à se construire par le traitement de nouvelles informations plus intuitives. Les informations rationnelles influencent bien souvent le choix d’une profession ou la poursuite d’un travail, mais que retrouve-t-on derrière celles-ci ? Au plus profond de la personne ce désir de devenir ou de demeurer coiffeur, comptable, plombier ou conseiller en développement de carrière, répond à quelles inspirations ?

Les solutions aux problématiques scolaires ou professionnelles s’inspirent autant de la cueillette des indices intuitifs provenant de la personne que de ses raisonnements et le journal créatif est un outil on ne peut plus adéquat pour accéder à ce bassin important d’informations.

Dominique Têtu

 


 

 
   

Michelle Tocher
En collaboration avec Anna Simon
La carrière : un appel à l’aventure
Ste-Foy, Québec : les Éditions Septembre, 2003.
133 pages, ISBN 2-89471-195-6, 18.95$CAN.
Les Éditions Septembre : http://www.septembre.com/

La carrière : un appel à l’aventure est un livre qui s’inscrit dans la foulée des ouvrages publiés, depuis bon nombre d’années, dans l’intention d’aider les lecteurs à entrer en contact avec leur force intérieure pour faire face aux diverses transformations qui traversent la société. Dans le présent ouvrage, il ne s’agit pas de l’enfant en soi mais bien du héros, du travailleur héroïque qui compose avec les mutations du marché du travail et qui trouve l’emploi en soi. C’est également un ouvrage qui prend sa source dans le paradigme du changement comme occasion d’apprentissage et de croissance.

Mis à part un bref historique du marché du travail, le livre se divise en quelques chapitres qui évoquent le voyage du héros1 et les étapes qu’il doit traverser dans sa quête. Les cinq chapitres évoquent, par leur titre, les conditions dans lesquelles se réalise ce voyage. Le héros prend d’abord Le sentier de l’aventure et s’engage dans la première étape, Le départ ; il est alors question du changement et des diverses façons qu’il peut adopter pour y faire face. Le chapitre suivant porte sur Le seuil ; l’image du seuil réfère aux résistances qui se manifestent lorsque le héros passe à l’action par rapport à son désir de changement. Ce voyage comporte une autre étape importante et le chapitre L’inconnu en traite; en effet, les auteures évoquent le courage devant l’incertitude dont le héros doit faire preuve pour atteindre son but. Finalement, le dernier chapitre, Le retour, traite de la transformation du héros au cours de son voyage et du besoin qu’il a de partager avec les autres ce qu’il a découvert. Nous pouvons déduire que pour les auteures de La carrière : un appel à l’aventure, ce partage a pris la forme d’un bouquin.

Sur le texte de la jaquette du livre, les auteures disent de leur ouvrage qu’il «  est un guide pour ceux et celles qui cherchent une signification au monde du travail actuel… »; les lecteurs peuvent ainsi s’attendre à examiner les mutations présentes dans le marché du travail, les postulats sur lesquels s’est appuyée notre économie depuis plus d’un siècle et ceux vers lesquels elle se tourne mais ce n’est pas le cas. La référence au marché du travail se limite à des commentaires assez imprécis; les auteures disent qu’il change, qu’il est en mutation et qu’il ne sera plus pareil mais sans plus de détails.

Si l’objectif d’aider les lecteurs à trouver une signification au monde du travail actuel n’est pas vraiment atteint, d’autres dimensions, par contre, revêtent un certain intérêt. Selon les auteures, l’ouvrage porte « sur les adaptations psychologiques et pratiques nécessaires pour passer du monde industriel au prochain siècle ». Cette phrase traduit davantage le propos du livre; en effet, il y est question du processus de transition professionnelle et des vertus à cultiver pour le vivre le plus positivement possible. On y traite également des pièges qui guettent les personnes qui s’aventurent sur les sentiers de la réorientation professionnelle. L’effort que les auteures font pour dégager un canevas des comportements, des attitudes et des réactions en situation de transition nous apparaît intéressant. D’autant plus que ce canevas est tissé d’anecdotes, d’allégories et de références à des mythes qui font image. C’est un ouvrage qui s’inscrit dans l’exploration intrapsychique ou, en d’autres termes, dans l’exploration du Soi essentiellement.

Les auteures, qui ont connu elles-mêmes des réorientations dans leur vie professionnelle (elles y font référence fréquemment) font l’apologie du changement comme occasion d’éprouver sa créativité, de larguer les amarres et de devenir, pour ainsi dire, entrepreneur. C’est une occasion qu’elles ont sans doute saisie et qui a donné du sens à leur vie de travail mais il faut faire attention aux généralisations dans ce domaine ; les travailleurs ne constituent pas un groupe monolithique. En effet, tous ne sont pas faits pour le travail autonome, tous ne sont pas entrepreneurs ou intéressés à le devenir et finalement, tous ne sont pas égaux devant leurs projets. Il y a comme des lendemains qui chantent quand les auteurs font référence aux mutations que présente le marché du travail et nous avons quelques réserves à cet égard. Il ne faudrait pas négliger le fait que toute mutation comporte son lot de sacrifiés ; il suffit d’examiner ce que les récessions des années 80 ont laissé d’exclus en héritage…

Peut-être pourrons-nous dire dans 20, 30 ou 40 ans que les changements qu’aura connus le marché du travail à cause de la mondialisation de l’économie ont eu des effets bénéfiques pour bien des travailleurs mais pour le moment, il nous semble prématuré d’y voir essentiellement de la liberté, du défi et de l’héroïsme comme le suggèrent les auteurs de La carrière : un appel à l’aventure

C’est donc un livre qui s’inscrit dans l’air du temps : en période d’incertitude, on se raccroche au pouvoir de la confiance en soi pour traverser les turbulences (ce qui n’est pas bête!) et on tente de tirer le meilleur parti de la situation. Toutefois, n’oublions pas que l’aventure n’est pas toujours et pour tous une sinécure…

Lyne Monfette, conseillère d’orientation

  1. Les auteures se réfèrent à la notion de héros telle que développée par Joseph Campbell dans ses travaux sur les mythes et civilisations.

 

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