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Partie 4


L’immersion des adultes dans le moment présent

HYPERTROPHIE DU TEMPS PRÉSENT ET TEMPORALITÉ DE LA « PAUSE » :
LE CAS DE PERSONNES SANS DOMICILE FIXE

 

Jacques AUBRET et Fabienne MEUNIER


auteur

résumé/abstract

Sous l’angle de la gestion du temps présent, l’adulte est confronté, souvent de manière conflictuelle, aux impératifs d’un temps socialement organisé qui crée des attentes et des obligations et à ses propres modalités de régulation du temps de la vie lesquelles dépendent à la fois de son histoire, de ses représentations de l’avenir et de ses capacités à gérer le temps présent. L’âge des personnes (situation dans une histoire et un avenir) et leur présent (situation dans un espace social) sont donc deux facteurs associés dans l’approche des conflits de temporalités. L’analyse d’un corpus de 49 entretiens réalisés sur un public d’hommes, sans domicile, hébergés dans un foyer d’accueil, nous montre un aspect de ces conflits : considéré comme un « temps de pause » d’autant plus bénéfique sous l’angle de l’affirmation de soi que les personnes avancent en âge, ce temps crée paradoxalement de la distance pour l’acceptation des injonctions de la collectivité notamment lorsque celle-ci peuvent donner le sentiment de réduire la vie adulte au temps de la vie professionnelle.

contenu

Introduction
1. Contexte de la recherche
2. Le public et les méthodes
3. Les données et leur analyse
4. La recherche de structures signifiantes
5. Les logiques d'expression
6. Discussion
Conclusion



INTRODUCTION

Au cours de ses analyses sur la mutation des temporalités, J.P. Boutinet aboutit, entre autre, au constat de l’hypertrophie du temps présent, chez nos contemporains (Boutinet, 2004). Ce trop plein du temps présent n’est pas seulement le fait de la multiplication des stimulations présentes tenant à l’environnement auxquelles il faut répondre dans l’instant, mais aussi celui d’un débordement dans le présent d’un passé qui ne serait pas encore cognitivement et affectivement assimilé, et de l’anticipation de l’avenir aux contenus et aux contours incertains qui peut paraître engagé dans chaque instant du présent. Le sentiment d’être débordé, renvoie donc en quelque sorte à l’inadaptation de l’homme à ses conditions de vie : on n’a plus le temps de penser, de vivre ou d’ « être ». Nous nous proposons d’explorer certains aspects psychologiques touchant à la gestion par les personnes des conflits de temporalités. Nous situons cette gestion dans une approche plus globale de la personne, qui, quelles que soient les situations de la vie, est considérée par certains chercheurs comme gestionnaire de soi (Bandura, 2003) dans un environnement toujours plus ou moins hostile où les contraintes exercées sur le temps sont en faits des contraintes exercées sur le soi.

1. CONTEXTE D’UNE RECHERCHE

La recherche s’est déroulée auprès d’un public en grande difficulté cumulant à la fois des problèmes d’insertion sociale et d’insertion professionnelle. Il s’agit de personnes, momentanément sans domicile fixe, hébergés provisoirement dans un foyer d’accueil au moment de l’étude. De par leur situation actuelle, ces personnes subissent les contraintes de trois types de temporalités : celles qui émanent de leurs appartenances sociales qui ne s’effacent pas, même lorsque ces personnes ont le sentiment d’être rejetées, celles qui résultent de leur positionnement dans l’échelle du temps de la vie humaine, celles qui naissent avec la vie en foyer d’accueil.

Le premier type de contraintes correspond au caractère socialement réglé et représenté de la vie : « il y a un temps pour toute chose » comme dit l’Ecclésiaste, au chapitre 3. Si personne n’est réellement maître de l’organisation de ce temps, il est considéré comme normal de respecter les rythmes imposés, et comme anormal le fait de s’en affranchir. Il y a par exemple, un temps pour travailler et un temps pour vivre chez soi. Respecter les contraintes du temps (« être » ou « ne pas être » à l’heure, par exemple) c’est en quelque sorte reconnaître, accepter ou refuser les obligations qui lient chaque individu à la collectivité.

Le second type de contraintes correspond à la manière dont chaque individu intériorise en quelque sorte les premières en y intégrant ses manières propres de se percevoir et de se situer dans le temps de la vie. Les aspects les plus objectifs de ces contraintes découlent directement de la prise en compte de l’âge (exemple, être en âge de travailler ou au contraire, être exempté de cette obligation du fait de son âge). Les aspects subjectifs correspondent aux sentiments d’être ou de ne pas être en phase avec ces obligations réelles ou perçues. Le fait d’être privé de travail et/ou d’un « chez soi », entraîne un remaniement de ces représentations personnelles et subjectives.

Enfin le troisième type de contraintes attachées à la vie en foyer d’accueil résulte du conflit provoqué par le sentiment de sécurité qu’apporte le foyer pour la résolution des problèmes immédiats et le sentiment d’insécurité provoqué par le caractère provisoire de cette solution. L’hébergement provisoire est donc un moment d’actualisation des conflits qui peut être vécu à la fois comme un temps de pause mais aussi comme un temps de repositionnement de soi par rapport au temps de la vie dans ses implications sociales, professionnelles et personnelles.

Notre étude nous a conduit à interviewer de manière prolongée 49 hommes qui, pour des raisons diverses, se trouvent à un moment de leur vie sans domicile (et le plus souvent sans travail) et qui ont trouvé refuge dans un foyer d’accueil régi par une fondation privée1 où ils peuvent, pendant le temps nécessaire, faire « la pause salutaire » qui doit leur permettre de rebondir dans la vie. Nous décrirons brièvement ce public avant de présenter les méthodes et discuter des observations effectuées.

2. LE PUBLIC ET LES MÉTHODES

52 personnes dont 3 femmes ont été interviewées sur un total de 128 personnes hébergées dans la même structure. Seuls les 49 entretiens concernant des hommes ont été pris en compte pour l’analyse. Les entretiens se sont déroulés sur la base du volontariat mais ont nécessité préalablement différentes actions de mise en confiance relayées par plusieurs animateurs et responsables du foyer. Les personnes interviewées ont été mises au courant de leur participation à un travail de recherches. Les entretiens ont duré de 20 minutes à 1 heure 30. L’amorce des entretiens s’est faite à partir d’une question relative à leur présence dans le foyer : « Pouvez-vous me parler de vous, de ce qui vous a amené dans la structure, si ce n’est pas indiscret ? ». S’agissant de personnes peu enclines à parler d’elles-mêmes, des questions subsidiaires et de nombreuses relances les ont amenées à parler de leur présent, de leur passé, de leur futur. Les mêmes questions ont été posées à toutes les personnes.

Les caractéristiques du public interviewé sont les suivantes :

- Âge: « 18-30 ans » (17 sujets); « 30-40 ans » (13) ; « 40-50 ans » (11) ; « + de 50 ans » (8) ;
- Statut familial : célibataire (27) ; vie maritale (10) ; marié (3) ; divorcé (9) ;
- Paternité : sans enfants (30) ; avec enfants (19) ;
- Niveau d’études : non-diplômés (25) ; CAP/BEP (13) ; Baccalauréat (6) ; BTS et plus (4) ;
- Cause de départ du foyer : problèmes familiaux (19) ; problèmes de santé (5) ; problèmes d’argent (4) ; problèmes d’emploi (8) ; problèmes de logement (10) ; demande d’asile politique (3) ;
- Ancienneté de la présence dans le foyer d’accueil : courte durée 0-5 mois (17) ; moyenne durée 6-18 mois (18) ; longue durée + de 18 mois (14).

Il s’agit globalement d’une population présentant une très grande diversité, avec une dominante de célibataires, de sans diplômes et de personnes ayant rencontré des problèmes familiaux en plus des problèmes d’emploi.

Par rapport aux personnes dont les agendas sont matériellement remplis, le public interviewé se situe plutôt du côté de ceux qui n’ont pas besoin d’agenda. Les seules obligations qui les concernent sont les heures de repas et les heures de rentrée pour la nuit lorsqu’ils ont des occupations (parfois un travail) extérieures au foyer. L’agenda est en quelque sorte « vide » parce que personne ne les attend et parce qu’eux-mêmes ne se sentent véritablement attendus par personne (sinon ils ne seraient pas là). De ce point de vue, ces « sans domicile personnel », peuvent se trouver dans le même état que certains handicapés de la vie, ou certaines personnes âgées, qui ne savent pas sur qui compter et dont le rythme de la vie semble se confondre avec le rythme des institutions qui les hébergent. Le temps passé « au foyer » est donc un temps de « pause » dans la vie. L’absence momentanée de pressions externes dans ce présent rend possible l’expression des tensions internes qui meublent le vécu de ces personnes. De quoi est fait ce présent ? Quelle évolution prépare-t-il ?

L’échantillon de sujets interviewés nous permet de prendre en compte deux variables que l’on peut supposer être des éléments de différenciation des sujets par rapport à leur attitude face au temps présent. La première concerne l’âge des sujets (les différents temps de la vie), la seconde concerne l’ancienneté dans le foyer d’accueil.

3. LES DONNÉES ET LEUR ANALYSE

Nous disposons donc d’un corpus de 49 entretiens de style autobiographiques. On a pu considérer que les récits autobiographiques (par exemple ceux que l’on provoque dans les entretiens de bilans de compétences) nous disaient quelque chose des parcours de vie des narrateurs notamment sur les événements, les personnes qui ont jalonnés ces parcours, leur histoire (Delory-Momberger, 2000). Mais ils se présentent aussi comme un matériau que l’on peut chercher à interpréter comme un ensemble organisé plus ou moins intentionnellement d’arguments visant à rendre compte des interactions suscitées dans le présent du discours. Quels sont ou quels seraient les éléments de cette organisation ? Nous partons de l’hypothèse que ces éléments sont de deux ordres : des éléments de structure d’une part appréhendables à partir des structures signifiantes qui se dégagent des récits, des éléments de processus, d’autre part, renseignés par les logiques de discours sous-jacentes à l’expression des sujets.

4. LA RECHERCHE DE STRUCTURES SIGNIFIANTES

Dans un récit oral le rythme de la parole ne conduit pas nécessairement à la construction de phrases syntaxiquement correctes. Il peut s’avérer hasardeux de s’appuyer sur la syntaxe pour faire des analyses de contenu. En revanche, l’étude du vocabulaire utilisé par les sujets constitue une première approche des contenus des récits. Toutefois on ne saurait se contenter d’un simple dénombrement des mots et des formes lexicales présentes. Les méthodes informatisées permettent en effet d’analyser des textes en constituant des classes de mots qui sont fréquemment associés et de définir, le cas échéant, les liens entre ces classes et des catégories de sujets dont elles constituent les modes préférentiels d’expression. On part de l’idée que les mots dans le discours ne s’associent pas par hasard, que ces associations rendent compte d’une certaine manière du sens du discours et que les locuteurs peuvent se différencier quant au poids de ces associations dans leurs propres récits. On parlera de « monde lexical » pour désigner ces structures signifiantes. D’une certaine manière elles constituent une sorte de toile de fond sur laquelle peuvent se projeter les énoncés réellement produits, chaque énoncé étant une forme d’appropriation particulière de ce monde lexical.

Le programme informatique utilisé est « Alceste »2. A partir d’un dictionnaire de la langue française, ce programme effectue un dénombrement de tous les mots et formes linguistiques présentes dans le texte et crée les dictionnaires correspondants. Cette opération d’analyse conduit au découpage du texte en Unités de Contexte Élémentaire (U.C.E.) établies à partir du repérage de structures signifiantes attachées à la distribution des mots dans un texte. Une classification est ensuite opérée qui met en évidence la proximité de ces structures à l’intérieur des classes de discours distinguées et les oppositions les plus fortes entre ces classes. Un calcul du Khi2 permet de quantifier l’importance de ces liens et de ne retenir que les liens les plus significatifs et les plus stables. En outre, appliqué sur un corpus provenant d’un grand nombre de sujets répartis selon diverses variables, le programme définit des classes d’énoncés correspondant aux différentes modalités des variables et de croisement de variables et permet ainsi une comparaison entre les contenus de ces différentes classes. Le programme d’analyse permet, par des Classifications Hiérarchiques Descendantes et Ascendantes et des Analyses Factorielles de Correspondance, de quantifier les distances entre les classes ainsi déterminées et d’établir les proximités de ces classes et les modalités de variables introduites dans l’analyse. Chaque sujet interviewé peut ainsi être situé par rapport à un type de contenu préférentiellement évoqué par lui. Il peut également être situé par rapport à des groupes différents sur lesquels des analyses ont été effectuées.

Une première analyse a permis de définir les caractéristiques propres à chaque groupe d’âge. Nous synthétisons ci-après les observations principales effectuées sur ces différents groupes. L’analyse ne met pas en évidence ce qui est commun à tous les sujets interviewés mais signale ce qui est propre à chaque groupe.

Les 18-30 ans

Le vocabulaire sur lequel s’appuie l’expression des sujets est celui du monde relationnel (beaupère, copine, etc.), celui des activités professionnelles ou de la formation (expérience, formation, etc.), celui des événements et de l’action (faire, parler, réagir, etc.). Le monde est en quelque sorte bipolarisé : d’un côté ce sont les « ils », « elles », « eux » et de l’autre « moi » ; mais beaucoup moins fréquemment le « nous ». L’ « avoir » est du côté des autres (« ils ont »), l’ « être » du côté du sujet (« je suis »). Ce dernier se situe à la fois dans le passé (« j’étais ») mais aussi dans le futur (« je serai »). Entre les deux il y a le « pouvoir ». Le positif domine dans l’emploi des verbes et des qualificatifs (réussir, bien, etc.) ; le « oui » l’emporte sur le « non ».

Les énoncés du corpus dans lesquels ces mots sont inscrits soulignent le caractère provisoire et accidentel de la situation présente. Le présent est dans le « j’attends ». Faire des projets est une éventualité. Mais il faut d’abord digérer le passé. L’image de soi reste globalement positive (« j’ai réussi ») ; on reconnaît cependant les échecs. On a le sentiment d’ « exister » même si l’on ressent le caractère humiliant de la situation actuelle. On peut se mettre en cause mais on garde une attribution externe (« pas facile de trouver du boulot même lorsque l’on a les compétences »).

Les 30- 40 ans

Le monde lexical est dominé par les éléments qui évoquent les faits et les évènements qui ont entraîné et accompagné la rupture avec l’environnement et leur retentissement sur la personne. Exemples : « problème », « choc », « craquer », « avocat », « espérer », « séparation ». Les mots sont utilisés dans des énoncés qui décrivent les différentes phases de la rupture, ses enchaînements temporels et causaux, les éléments déclenchants (« ce qui a fait déborder le vase »). Ces évènements provoquent des prises de conscience de soi, des remises en cause (« avoir un peu plus de confiance en soi : c’est mon problème majeur » ; « on craque, j’ai été trop vite ; je réalise dans ma tête »). La mémoire du passé se concentre sur le passé récent. On cherche à comprendre. On espère s’en sortir. Le doute remet en cause les images de soi. Les personnes se sentent déstabilisées dans leur être.

Les 40-50 ans

Le monde lexical propre à cette catégorie semble très dispersé. On note cependant une prédominance de mots touchant aux relations matrimoniales et familiales (« femme », « elle », « enfants », « fils », « épouse », « frère », « beaux-parents », etc.) aux noms et aux verbes impliquant des relations (« aimer », « amitié », « divorce », « chambre », etc.) mais aussi des mots chargés de sentiments plutôt négatifs sur soi et sur l’environnement (« solitaire », « choquer », « colère », « malheureux ». Les énoncés dans lesquels ces mots sont inscrits expriment une forte opposition entre passé et présent, entre soi et les autres (« mon », « mes ») et le sentiment d’avoir été, plus que celui d’être aujourd’hui. Ils disent les illusions que l’on a eues, le sentiment de s’être trompé. On parle moins de ce que l’on a fait et davantage de soi et de ses évolutions « J’étais … ; j’ai été… ; j’ai évolué ». La pause que représente le fait d’être en foyer constitue le moment qui doit permettre de digérer en quelque sorte ce passé où l’on a été « compétent » mais on ne sait plus si on l’est encore. On existe à travers son passé mais la rupture, compte tenu de l’âge que l’on a, est vécue comme une perte de la reconnaissance de soi par autrui. Il reste des sentiments, des envies, le besoin de repartir sur de nouvelles bases (importance du verbe « falloir »). L’avenir souhaité est d’ordre relationnel (« Avoir de nouvelles relations avec quelqu’un avec qui je me sente bien »). Une partie de soi est tombée avec ses illusions. On se retrouve « autre » mais avec de nouvelles exigences, par rapport à soi.

Les plus de 50 ans

Le vocabulaire plus spécifique attaché au corpus des plus de 50 ans ne semble pas véritablement organisé autour d’un thème précis. Les mots évoquent les années, la santé et la maladie, l’âge, la retraite, l’expérience de la vie, les lieux que l’on a fréquentés, les responsabilités que l’on a tenues, les relations de travail. Les énoncés traduisent à la fois un certain détachement vis-à-vis d’un passé qui n’est plus (« On me laisse tomber mais c’est pas grave », « A l’âge que j’ai, je suis bien comme çà », « Le principal c’est d’avoir la santé»), un passé dont on souligne les éléments positifs (« j’ai eu les félicitations ») et une volonté d’affirmation de soi (« On ne doit plus compter que sur soi-même », « On voulait pour moi»). Cette affirmation de soi est interprétée par les sujets comme le résultat de l’acquis des expériences de la vie. Elle est aussi l’expression de la résignation. (« J’ai appris tout seul au fur et à mesure », « J’ai appris par moi-même »). Cette expérience est essentiellement celle de la défection des autres (« je me suis rendu compte de plusieurs choses, si on compte sur les autres, on est perdant au départ »), de la déception (« je connais beaucoup les gens, au départ, on fait confiance mais … »). Cette résignation n’est pourtant pas repli sur soi (« compter sur soi, même pour pouvoir aider les autres », « je suis disponible »).

Une vue synthétique de cette organisation en quatre classes fait apparaître un regroupement possible, d’une part des deux classes de sujets les plus jeunes et, d’autre part, des deux classes constituées par les sujets les plus anciens. Ce regroupement est confirmé par une classification ascendante hiérarchique effectuée par le programme d’analyse de contenu. Il est interprétable de la manière suivante : en dessous de 40 ans le monde lexical est plutôt organisé autour des événements de la vie, du monde relationnel, du monde du travail, les plus près de la quarantaine étant en quelque sorte plus sensible aux événements récents qui ont conduit à la rue que les autres, et exprimant davantage le choc de la rupture. Les plus de 40 ans expriment leurs sentiments, leurs besoins, leurs expériences, leurs envies voire leurs exigences résultant de ces mêmes événements. Le monde des plus de 40 ans est un monde qui se pense et s’organise à partir du soi. Les accidents de la vie ne provoquent donc pas le même type d’interactions selon l’âge auquel ils se produisent. Ce qui pourrait paraître une évidence l’est moins lorsque l’on resitue ces interactions dans leurs répercussions sur les représentations de l’avenir proche et à plus long terme et sur les motivations des personnes. Les moins âgés ont le sentiment qu’ils vont rebondir sur les événements après le temps de la « pause » passé au foyer, les plus âgés ont vu leurs illusions tomber et n’hésitent pas à afficher leur autodétermination (« se prendre en main ») mais aussi leur incertitude quant à l’avenir.

Ce temps de « pause » est bien caractérisé dans le corpus. Il s’agit d’un temps aux multiples facettes

- Un temps d’arrêt: « Attendre pour mieux repartir » ; « faire des projets pour partir de là » ;
- Le temps du doute et du réexamen « Si j’avais pensé, … » ;
- Le temps du constat : « J’avais même des projets … tout est tombé à l’eau » ;
- Le temps du bilan : « J’ai réussi beaucoup de choses » ; « ce que j’ai réussi ; ce que je n’ai pas réussi ». « j’ai fait … ; je n’ai pas fait … ; j’ai fait faire … ». « J’ai tout fait ». « Je travaille ». ;
- Le temps de la mise en cause des choix : « Elle n’était pas faite pour moi » ;
- Le temps de la résignation : « elle fait ce qu’elle veut de sa vie » ;
- Le temps de la recherche d’explication « c’est peut-être le fait de la personnalité » ;
- Le temps du positionnement social : « Les autres m’aident quand même ». « Il y en a qui disent qu’il faut pas penser à ses problèmes à soi ; moi je dis il faut penser à ses problèmes, parce qu’après ils vous pourrissent tellement la vie qu’il n’y a plus qu’un choix ».

5. LES LOGIQUES D’EXPRESSION

Afin de mieux comprendre cette re-centration sur le « soi » qui coïncide avec l’avancée en âge et de mieux apprécier la pression du temps sur l’expression des individus nous avons recherché dans le récit des sujets des différences qui pourraient résulter de la durée de la présence dans le foyer, cette pression étant susceptible de s’accroître avec l’accroissement de cette durée : plus le temps passe et moins il y aurait d’espoir de s’en sortir.

L’analyse précédente a été reprise à partir d’une répartition des 49 personnes interviewées en six groupes :

1 - Les moins de 40 ans présentes dans le foyer depuis moins de 5 mois.
2 - Les moins de 40 ans présentes dans le foyer depuis plus de 5 mois et moins de 18 mois.
3 - Les moins de 40 ans présentes dans le foyer depuis plus de 18 mois.
4 - Les plus de 40 ans présentes dans le foyer depuis moins de 5 mois.
5 - Les plus de 40 ans présentes dans le foyer depuis plus de 5 mois et moins de 18 mois.
6 - Les plus de 40 ans présentes dans le foyer depuis plus de 18 mois.

L’analyse a permis de mettre en évidence les particularités lexicales de ces différents groupes et les énoncés qui s’y rapportent. Contrairement à la première analyse nous nous sommes attachés à dégager de ces énoncés les éléments susceptibles de rendre compte des logiques de discours des sujets des différents groupes distingués. Nous les résumons ci-après dans un tableau où sont reportées les phrases les plus significatives du raisonnement des sujets.



Ce tableau synthétise les logiques d’expression des personnes réparties en fonction du croisement de l’âge et de l’ancienneté de présence dans le foyer. Par rapport à l’analyse précédente où la centration sur le « soi » apparaissait comme un élément présent dans l’expression des personnes pour les plus de 40 ans, la prise en compte de l’ancienneté de présence dans le foyer apporte des nuances quant à la manière dont elles se situent dans l’espace et le temps social, c’est-à-dire par rapport aux représentations sociales attachées à l’âge, à l’emploi et aux relations amicales et familiales.

Si le projet de se réinsérer par le travail ou dans des relations amicales (en s’appuyant sur le temps de la pause en foyer) est présent dans les premiers mois de présence au foyer quel que soit l’âge (groupe 1 et 4) la pression de la durée chez les jeunes comme chez les moins jeunes oblige en quelque sorte ces personnes à s’exprimer sur la manière dont elles se positionnent dans la vie, au moins en présence du chercheur qui les interroge. Les moins de 40 ans, présentes dans le foyer depuis plus de 18 mois (groupe 3) éprouvent le besoin de se justifier pour conforter une image positive qu’elles peuvent sentir menacée. Les plus de 40 ans présentes également depuis plus de 18 mois (groupe 6) sentant sans doute le poids négatif de l’âge sur la réinsertion par le travail (comme de nombreux seniors exclus prématurément de leurs entreprises) peuvent ne pas éprouver de manière aussi intense le besoin de se justifier. En revanche, le temps fait tomber les illusions, mais il n’est pas nécessairement chez le public interviewé signe de désolidarisation de la collectivité. Une plus grande clarté sur soi peut entraîner des attitudes réalistes proches de la résignation active que l’accueil en foyer peut transformer en motivations à rebondir.

6. DISCUSSION

L’interprétation des données résultant des entretiens et la généralisation des constats présentent de nombreuses difficultés et incitent à la prudence, tant du point de vue méthodologique que du point de vue théorique.

Sous l’angle méthodologique il y a d’abord les limites posées par la nature de l’échantillon. Les différentes caractéristiques relevées dans celui-ci ne sont pas indépendantes. Il est par exemple plus naturel de trouver des sujets célibataires et sans enfant chez les plus jeunes que chez les plus âgés ; de même les causes de la mise à la rue sont plus souvent liées à la perte d’emploi chez les plus jeunes qu’à des ruptures familiales à l’inverse de ce que l’on peut observer chez les plus anciens. Il est donc assez prévisible que cette épreuve de la vie soit vécue autrement. De plus, le fait de n’avoir interviewé que des hommes limitent les possibilités de formulation d’hypothèses explicatives touchant aux problèmes plus généraux de la vie humaine. Les coupures effectuées dans les âges pour constituer des groupes demeurent pour une grande part arbitraires, les phénomènes psychologiques que nous observons n’obéissant pas nécessairement à la quantification du temps.

Sous l’angle des méthodes d’analyses qui présentent l’avantage d’appliquer des règles objectives d’analyse et donc de bien distinguer ce qui relève de l’application des règles et ce qui est attribuable à l’activité cognitive du chercheur sur les données, la discussion portant sur les règles n’étant pas de même nature que celle qui porte sur l’interprétation. On aura compris, par exemple que les règles d’analyse utilisées ici sélectionnent dans les différentes classes constituées autour des mondes lexicaux ce qui est propre à chaque groupe et ce qui les différencie des autres. Il y a donc un fond commun de corpus que l’on a choisi de ne pas commenter, ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas. L’interprétation des données ne peut alors exprimer que des tendances mais bien évidemment ce sont ces tendances que l’on cherche à caractériser.

Enfin, il faut aussi s’interroger sur le caractère très particulier des données : des entretiens relativement brefs compte tenu des contenus sur lesquels se situe l’échange ; absence de données extérieures aux déclarations des sujets qui viendraient contredire le cas échéant ce qui est énoncé ; influence de la situation de dialogue qui peut conduire spontanément le sujet à livrer ce qui est à son avantage et à chercher à se justifier pour donner une bonne image de lui alors qu’il se trouve dans une situation qui n’est pas particulièrement valorisante.

Cependant ces limites étant énoncées on peut amorcer trois types de commentaires susceptibles de donner du contenu aux approches de ce que l’on a appelé « vie adulte » : ces commentaires concernent les accidents de la vie et le développement et l’affirmation de soi en fonction de l’âge, l’organisation du soutien social pour le plus démunis et le caractère potentiellement marginalisant de certaines pratiques sociales d’aide à la réinsertion.

La perte d’un domicile, qu’elle soit l’effet direct ou indirect du comportement de la personne concernée, constitue dans la vie de cette personne une véritable catastrophe humaine. Ce que l’enquête nous a permis de constater ne permet pas d’appréhender l’ampleur de cette catastrophe mais de constater que les interrogations des personnes qui provisoirement trouvent un espace pour faire face aux premières nécessités de la vie (se loger, manger, se laver mais aussi se distraire, être reconnues dans leur dignité d’homme sans être culpabilisées pour autant) changent de nature avec l’âge. On a souvent considéré que ce que l’on appelle « images de soi » était en réalité le produit d’une double réalité : des images sociales de soi qui résultent de la perception que l’on se fait du regard d’autrui sur soi (ces images peuvent être positives ou négatives, et différer selon que l’on prend en compte le milieu familial, le milieu professionnel ou les autres formes d’appartenance sociale), des images de soi qui résultent du regard réflexif que l’on porte sur soi. Les motivations humaines s’appuient sur cette double facette des images de soi. L’analyse des entretiens nous montre que les images sociales, pour le public interrogé, prennent de moins en moins de poids avec l’avancée en âge. En effet, dans la première partie de la vie (jusqu’à la quarantaine) elles sont orientées par le souci de ne pas perdre pied dans l’emploi ou les relations, source de reconnaissance et de valorisation par autrui lorsque l’emploi et les relations évoluent positivement. En revanche, après la quarantaine, et sans doute pour des raisons qui tiennent à l’expérience de la vie, le soi s’affirme de plus en plus, à travers la prise de conscience de la nécessité de se prendre en main pour résoudre ses problèmes et ne pas compter sur les autres.

Ces constats ne sont cependant pas spécifiques au public interviewé. Dans un travail d’enquête plus étendu sur une population ne présentant pas de problèmes particuliers quant aux possibilités de se loger, Havet (2002) constate des évolutions analogues, chez les hommes comme chez les femmes. Le soi s’affirme avec le temps et les personnes émettent à partir de la quarantaine, plus qu’avant, le besoin de décider en fonction de leur sensibilité, de leurs intérêts, de leurs motivations, de leurs choix personnels. L’orientation vers autrui ou vers l’action prend d’abord en compte l’envie de se réaliser personnellement. De ce point de vue, le travail de Havet présente d’autres similitudes avec l’enquête dont nous rendons compte. En effet, ce travail montre l’importance des événements imprévus, inopinés, de nature souvent conflictuels, sur la prise de conscience du pouvoir de détermination du contexte social sur l’orientation des conduites personnelles, depuis l’enfance et parfois jusqu’à un âge avancé de la vie adulte. La résolution des conflits passe par des ruptures parfois déstabilisantes dans l’affirmation de soi et le fait d’assumer par avance les conséquences qui en découlent. Exemple de témoignages souvent entendu : « Enfin, j’ai pu décider par moi-même ».

Chez les personnes hébergées en foyer d’accueil, la déstabilisation commence avec le passage à la rue. Mais, dans le cas présent, les personnes soulagées au moins à court terme du stress qu’occasionne le fait d’être sans logis peuvent envisager positivement une reconstruction d’un avenir. Le soutien social apporté par l’offre du logis à une période critique du parcours des personnes, empêche probablement leur descente vers la clochardisation qui menace toute personne socialement exclue. Cette forme de soutien constitue l’une des nombreuses formes de pratiques sociales d’origine privée, associative ou publique qui visent à favoriser d’une manière ou d’une autre les réinsertions sociales et professionnelles des personnes en difficulté. De ce point de vue, ces pratiques trouvent en face d’elles des personnes motivées pour s’en sortir.

Mais cette vue positive sur les personnes et les institutions ne doit pas masquer les distances qui se creusent entre l’offre sociale en matière d’aide en direction des personnes les plus démunies et les possibilités réelles que cette offre puisse être acceptée par elles. On peut se demander, en effet, comment l’aide offerte par la collectivité représentée par l’état sous la forme de dispositifs et de pratiques sociales encadrées par la législation peut servir de point d’application aux motivations exprimées par ces personnes. Cette aide est principalement organisée autour de l’idée de retour à l’emploi par le soutien à l’élaboration de projets professionnels (voir à ce sujet ce qui relève des pratiques de bilans de compétences, Lemoine, 2005) et l’acquisition des compétences par la formation professionnelle. Elle présuppose que les personnes concernées adhèrent à une sorte de rationalisation du temps qui structure le présent à partir de considérations sur l’avenir et dans la continuité du passé, alors que ces personnes déploient un effort considérable pour se reconstruire dans le présent par une sorte de négation provisoire de toutes considérations précises sur l’avenir. Les entretiens analysés montrent en effet que la reconstruction de soi ne passe pas nécessairement par l’organisation immédiate d’un avenir professionnel même si le besoin de travailler est souvent exprimé comme moyen de conquérir une certaine autonomie. Toute personne qui prétend s’immiscer dans le présent du « sans domicile fixe » (comme le fait le chercheur, par exemple) se heurte à la volonté exprimée des personnes d’être reconnues dans leur identité propre (en l’absence d’identité professionnelle et souvent d’identité familiale dans la mesure où épouse et enfants sont sortis provisoirement de leur existence). La « pause » en foyer est d’abord vécue comme un temps utilisé pour reconstituer cette identité. Elle implique une mise entre parenthèse d’un avenir incertain et d’un passé douloureux dont on ne veut pas faire le deuil (ce passé est valorisé par les personnes qui ont été interviewées). Cette reconstruction exige du temps personnel, et si elle passe par l’acceptation d’un emploi rémunérateur, elle a besoin d’être validée par des images sociales positives, celles précisément qui font défaut lorsque la personne est jetée dans la rue, et que tombent toutes les illusions sur autrui. Mais plus l’établissement de ces relations amicales, familiales et amoureuses, tardent à s’établir et plus de la centration sur soi risque d’enfermer la personne dans l’exclusion. La disponibilité manifestée parfois dans les interviews risque de rester théorique : elle est la facette positive de la résignation. Soulignons cependant que de nombreuses associations fonctionnant dans le cadre du bénévolat associent dans leur action cette conquête de soi par l’emploi utile et la reconnaissance des pairs.

CONCLUSION

Les données d’interviews analysées nous placent devant la réalité psychologique de personnes adultes dépossédées (soit de leur fait, soit du fait de leur milieu professionnel et familial) de leur espace de vie. Un premier pas est fait lorsqu’elles acceptent un hébergement (lorsqu’il existe) qui leur permet de vivre dans la dignité. Aucune des personnes interviewées ne manifeste, et pour cause, des conflits de surcharge du temps présent. Il semble bien que le soutien social qui leur est offert soit présenté comme bénéfique sous l’angle de l’affirmation de soi. Mais le fait de disposer du temps nécessaire pour « se reconstruire » génère d’autres formes d’illusions lorsque « ce temps » n’apporte pas les confrontations sociales susceptibles d’empêcher l’enfermement sur soi. La question devient alors : Comment accompagner ces publics, motivés pour trouver les moyens de s’en sortir, à accepter de nouvelles formes de « conflits » que suscite le fait de réintroduire dans chaque histoire personnelle la dimension sociale qui fait partie intégrante d’une valorisation positive de soi ?

Plus généralement, les entretiens et les analyses réalisés ouvrent un nouveau débat sur les temporalités : la temporalité de la « pause » comme temps de reconstruction de soi, et comme alternative au débordement du temps présent. Toutefois, le problème est posé pour des situations extrêmes où la « pause » est en quelque sorte imposée par les évènements. Mais ces situations extrêmes ne sont-elles pas elles-mêmes l’un des effets de la saturation des obligations qui résultent de l’hypertrophie du temps présent ?

auteur

Jacques Aubret: Docteur en Psychologie et en Sciences de l’Éducation. Chercheur au Laboratoire de l’Institut National du Travail et d’Orientation Professionnelle (I.N.E.T.O.P., Paris) de 1974 à 1992 ; professeur des Universités à Lille puis à Paris. Spécialité : psychologie de l’orientation des adultes. Publications sur les thèmes suivants : psychométrie, bilan de compétences, gestion de carrière, validation des acquis de l’expérience, psychologie des ressources humaines, management des compétences. Courriel : jacques.aubret@free.fr

Institut National du Travail et d’Orientation Professionnelle
(I.N.E.T.O.P.)
47, rue Gay-Lussac
75005 Paris

Fabienne Meunier: Doctorante en Sciences de l’Éducation, à l’Université Lille 3, sous la direction de Jacques Aubret.
Sujet de la thèse : image de soi et sentiment de compétences chez les personnes sans domicile fixe.
Courriel : meunier.fabienne@wanadoo.fr

Université de Lille 3
UFR des sciences de l’éducation
Domaine du Pont de bois
BP 60.149-Villeneuve d’Ascq

notes

  1. Il s’agit d’un foyer de l’Armée du Salut : mission d’origine chrétienne fondée en 1864 par William Booth prédicateur méthodiste. Elle devient l’Armée du Salut en 1878. Elle a essaimé dans le monde entier et se consacre au soutien moral, spirituel et matériel à toute personne en difficulté.
  2. ALCESTE est un logiciel d’Analyse de Données Textuelles, issu du C.N.R.S. (Centre National de la Recherche Scientifique), avec le soutien de l’A.N.V.A.R. (Agence Nationale de Valorisation de la Recherche). Il a été adapté au MACINTOSH et au PC par la Société IMAGE, société spécialisée en mathématiques appliquées et en développement de logiciels scientifiques.

abstract

From the angle of management of the present time, adults are confronted, often in a conflict-laden manner, with the imperatives of socially organized time that create expectations and obligations, and with their own constraints on structuring their lives, which can depend on their histories, ideas about the future and ability to manage the present. A person’s age (location in a history and future) and present situation (location in a social space) are thus two factors involved in conflicts between temporalities. Analysis of a corpus of 49 interviews with homeless men living in a shelter reveals an aspect of this kind of conflict. Seen as a kind of “holiday” that is all the more beneficial as a means of self-assertion when the individual is advanced in age, that time paradoxically creates distance so that the community’s requirements can be accepted, particularly when the community seems to reduce adult life to the years when one is employed.

références

BANDURA, A. (2003). Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle. Bruxelles : De Boeck.

BOUTINET, J.P. (2004). Vers une société des agendas. Une mutation des temporalités. Paris : Presses Universitaires de France.

DELORY-MOMBERGER, C. (2000). Les histoires de vie. De l’invention de soi au projet de formation. Paris : Anthropos.

HAVET, I. (2002). Le récit de vie comme mode d’approche du parcours personnel, social et professionnel. Thèse de Doctorat de Psychologie. Institut National d’Étude du Travail et d’Orientation Professionnelle.

LEMOINE, C. (2005). Se former au Bilan de Compétences. Comprendre et pratiquer cette démarche. Paris : Dunod (2ème édition).

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